Demain, à Bakou, une conférence internationale intitulée « Médias et décolonisation : des voix montantes, des récits renforcés » sera organisée par le Groupe d’initiative de Bakou.
Selon l’agence APA, cette conférence, qui constitue la première plateforme de ce type organisée en Azerbaïdjan avec la participation de représentants des médias issus de territoires colonisés, réunira de manière interactive des journalistes de ces territoires et des représentants des médias locaux.
Participeront à la conférence les dirigeants et représentants des médias des anciens et actuels territoires colonisés, des journalistes, des commentateurs politiques, des représentants d’organisations de la diaspora, des experts dans les domaines des médias et de la communication, des représentants d’institutions de la société civile, des chercheurs, des diplomates, des représentants d’organismes publics ainsi que des acteurs des médias locaux.
Les discussions porteront sur le rôle des médias et les défis à relever pour renforcer la voix des peuples et des minorités ethniques victimes d’exploitation néocoloniale et vivant encore sous des formes de domination coloniale dans l’espace informationnel international. Une attention particulière sera accordée à la couverture médiatique internationale de réalités coloniales longtemps occultées : l’exploitation économique des territoires, le pillage des ressources naturelles, l’effacement de l’identité culturelle, les discriminations systémiques, les répressions contre les populations autochtones, ainsi que les politiques visant à modifier délibérément la composition démographique des populations locales par l’arrivée de populations extérieures, notamment dans les cas de Kanaky (Nouvelle-Calédonie) et de Bonaire.
Dans le cadre de la conférence, des échanges auront lieu sur la levée des blocages informationnels artificiels instaurés dans les territoires colonisés, l’utilisation d’outils avancés d’intelligence artificielle dans la lutte contre la désinformation et les « fake news », la création de réseaux internationaux de coordination entre journalistes et organisations médiatiques, ainsi que le renforcement de la coopération entre les organisations internationales de médias et les journalistes locaux.
Les débats mettront également l’accent sur le rôle des médias dans les processus de décolonisation, non seulement comme vecteurs d’information, mais aussi comme mécanismes de pression internationale contre les politiques coloniales. Dans ce contexte, seront abordées des initiatives concrètes concernant la documentation des crimes coloniaux, la dénonciation des récits coloniaux, la vérification par des enquêtes fondées sur des faits des politiques informationnelles officielles des puissances coloniales, la transmission de la position des peuples autochtones à l’opinion internationale, le suivi des violations des droits humains, les questions de justice environnementale — notamment les conséquences du pesticide chlordécone en Guadeloupe et en Martinique — ainsi que le maintien de ces problématiques dans l’agenda mondial.
Seront également discutées la promotion des demandes de réparation, ainsi que la création de réseaux internationaux de solidarité et de coopération entre journalistes, défenseurs des droits humains et organisations de la société civile opérant dans des territoires colonisés tels que les Kanaks, les Maohis, la Guadeloupe, la Martinique, Bonaire, Saint-Martin et d’autres régions concernées.
Il convient de rappeler que des journalistes enquêtant sur l’exploitation des ressources en nickel en Kanaky (Nouvelle-Calédonie), sur les droits du peuple kanak et sur les pertes civiles survenues lors des événements de mai 2024 ont été confrontés à des restrictions d’accès à l’information et à différentes formes de pression de la part de la France. Des organisations internationales de défense de la liberté de la presse ont documenté, durant cette période, des menaces, des agressions physiques et des entraves à l’exercice du métier de journaliste. L’instauration de l’état d’urgence et le renforcement des mesures de sécurité ont considérablement limité les possibilités d’une couverture indépendante et objective des événements.
En Guadeloupe (dans les Caraïbes françaises), les journalistes d’investigation étudiant les conséquences environnementales liées à l’utilisation prolongée du pesticide chlordécone, notamment la pollution des sols et des eaux ainsi que ses effets sur la santé publique, ont été confrontés à diverses pressions lorsqu’ils ont soulevé la question de la responsabilité de la France. L’utilisation massive de cette substance toxique entre les années 1970 et 1990 continue encore aujourd’hui d’avoir des conséquences environnementales et sanitaires majeures. Des experts des Nations unies ont exprimé leurs préoccupations concernant les allégations de pressions et de censures visant des représentants des médias qui couvrent les problèmes environnementaux et leurs conséquences.
En République démocratique du Congo actuelle, ainsi qu’au Rwanda et au Burundi, des journalistes qui enquêtent, en collaboration avec des historiens, sur les crimes contre l’humanité commis par la Belgique coloniale — notamment le travail forcé, les violences de masse et les amputations de mains — ont été confrontés pendant de nombreuses années à diverses pressions et obstacles en raison de leur travail visant à porter les questions de responsabilité historique et de réparations sur la scène internationale. Ces enquêtes ont largement contribué à l’élargissement des débats scientifiques et politiques internationaux sur l’héritage colonial belge, ainsi qu’à une prise en compte accrue des questions de justice historique et de réparations au niveau des organisations internationales.