Bank Of Baku

Des témoins entendus au procès de Martin Ryan, accusé d’espionnage

Des témoins entendus au procès de Martin Ryan, accusé d’espionnage
# 25 novembre 2025 15:04 (UTC +04:00)

Dans le cadre d'une affaire penal ouverte par le Service de sécurité nationale de la République d'Azerbaïdjan, le procès de Martin Ryan, arrêté pour espionnage au profit de la France, et d’Azad Mammadli, accusé de haute trahison, s’est poursuivi, rapporte l'APA.

Lors de l’audience tenue au Tribunal des crimes graves de Bakou sous la présidence du juge Elmin Rustamov, les témoins ont été entendus.

La personne convoquée comme témoin dans l’affaire, J.S., a témoigné.

Il a indiqué avoir fait la connaissance de Martin Ryan — accusé dans l’affaire — sur Facebook.

« Martin Ryan m’a envoyé une demande d’amitié sur Facebook vers la fin septembre, début octobre 2022. J’ai regardé son profil. Comme nous avions des connaissances communes, j’ai accepté. Ensuite il m’a écrit. Nous avons discuté. Il me parlait de ses projets de faire du business ici et de fonder une famille. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Puis je n’ai plus eu de nouvelles de lui. Son téléphone ne répondait pas, et ses amis n’avaient pas non plus d’informations. Ensuite le Service de sécurité nationale de la République d'Azerbaïdjan (DTX) m’a convoqué pour déposer au sujet de Martin. »

Le témoin a ajouté qu’il ne savais pas que Martin était un espion : « Si je l’avais su, j’en aurais moi-même informé l’organisme compétent. »

Le témoin a déclaré que Martin avait trois amis proches ici : Azad, Ü.Ə. et Z.M. : « Je ne les ai jamais vus. Martin disait que Z.M. l’avait aidé à trouver une maison, qu’Azad était intelligent et que Ü.Ə. était quelqu’un de sincère. »

Ensuite, S.Ş., également reconnu comme témoin dans l’affaire, a témoigné. Il a expliqué qu’il avait loué sa maison, par contrat, à Laurent Grard, qui avait été employé de l’Ambassade de France : « Je ne savais pas quel travail il effectuait à l’ambassade. Il avait été trouvé par un agent immobilier. J’ai loué ma maison à deux étages située à Badamdard pour 2000 manats par mois selon contrat. Le loyer était versé en manats, et je venais moi-même le récupérer chaque mois. Je n’ai jamais observé quelque chose de suspect. Laurent vivait dans la maison avec sa famille. À la fin du mois, j’ai appelé à la maison. Personne n'a décroché le téléphone. Je m’y suis rendu, j’ai vu que la porte était fermée, et même en essayant de reprendre contact, je n’ai obtenu aucune réponse. J’ai écrit à l’adresse e-mail de l’Ambassade de France. Un jour plus tard j’ai reçu une réponse. On y indiquait que Laurent Grard était parti d’urgence en France, que les clés étaient à l’ambassade et me seraient remises. Le lendemain, une employée de l’ambassade m’a remis la clé à la porte. Je n’ai rien remarqué de suspect dans la maison. »

Un autre témoin, R.M., a déclaré qu’il avait témoigné pendant l’instruction. Dans sa déposition, on lui avait posé des questions sur sa connaissance de Martin et sur Azad Mammadli : « J’ai étudié en France. Lors d’un événement de l’ambassade, j’ai rencontré Martin par l’intermédiaire de mon amie Diana. Nous ne nous voyions pas très souvent, mais nous restions en contact. Nous sortions généralement avec des étudiants azerbaïdjanais pour nous divertir. Après quatre ans d’études là-bas, je suis rentré au pays. »

Le témoin a ajouté qu’il possédait une entreprise dans le pays : « Plus tard, Martin est venu en Azerbaïdjan, et nous rencontrions les Azerbaïdjanais qui avaient étudié en même temps que nous. Le but était de ne pas oublier la langue et de maintenir les liens. Ensuite, Martin a créé une entreprise. J’avais aussi la mienne. Nous avons travaillé ensemble. Les affaires allaient bien. Nous avons décidé de développer notre activité. Pour cela, nous avons commencé à coopérer avec Ludovic Giraud, un citoyen géorgien d’origine française. Il devait nous apporter des clients. Nous avons fondé une entreprise commune. Martin en est devenu le directeur. Comme leur part était plus importante, c’est eux qui prenaient la décision finale. Je n’avais que 15 à 20 % des parts. La fonction de l’entreprise était la livraison des commandes. Si quelqu’un commandait, par exemple, 50 fûts de vin, nous réglions cela. Ensuite, nous avons eu un problème lié aux parts. Deux ans plus tard, nous avons décidé de vendre l’entreprise. Mais comme l’offre du marché était inférieure à la valeur estimée, nous ne l’avons pas vendue. Après cela, mes relations avec Martin se sont refroidies, et nous n’avons plus parlé pendant deux ans. »

En réponse aux questions des parties, le témoin a indiqué que l’entreprise avait été en contact avec des sociétés françaises et espagnoles et qu’ils exécutaient leurs commandes.

Le témoin a déclaré que durant l’été 2023, dans un café à Bakou, Martin lui a dit qu’un employé “aux cheveux blancs” de l’Ambassade de France lui avait proposé de transférer de l’argent à une personne opérant dans un pays africain.

Martin était d’avis que cet homme aux cheveux blancs était un agent de renseignement

Le témoin a également déclaré qu’en été 2023, Martin l’avait rencontré et avait dit qu’un employé de l’ambassade lui apporterait un clavier portant des inscriptions « en lettres françaises ». Martin Ryan lui avait dit qu’ils se rencontreraient au parc Malakhan à Bakou et lui avait demandé de venir avec lui. Il s’est rendu avec Martin, et quelques minutes plus tard, l’employé en question est venu. Pendant la rencontre, l’homme a dit son nom au témoin, mais celui-ci ne s’en souvient plus. Après avoir remis le clavier à Martin Ryan, l’employé de l’ambassade a discuté 5 à 10 minutes avec lui au sujet du commerce de vin de Martin à Bakou. L’employé de l’ambassade de France était, extérieurement, blond, barbu, d’environ 40-45 ans, de corpulence moyenne et de taille moyenne (lors de la reconnaissance par photographie durant l’instruction, le témoin R.M. a identifié cet employé). Pendant cette rencontre, Ü.Ə. et Z.M. étaient également présents. Comme il avait une urgence, le témoin est parti, et la discussion entre Martin Ryan et l’employé de l’ambassade s’est poursuivie.

Le témoin a déclaré qu’au cours de leurs conversations, le nom d’une femme appelée Olga avait été mentionné : « Elle avait un lien avec Martin. Martin disait qu’il soupçonnait Olga d’être un agent russe. Mais je ne prenais pas cela au sérieux. »

Le procureur a demandé au témoin s’il avait des informations ou des soupçons concernant une éventuelle activité d’espionnage de Martin ou une incitation d’autres personnes à espionner.

Le témoin a répondu qu’il n’en avait aucune connaissance : « Nous n’avions pas parlé pendant deux ans à cause de l’entreprise. Si j’avais eu des informations, j’en aurais informé les structures compétentes. »

Réagissant aux déclarations du témoin, Martin Ryan a indiqué qu’il aurait dû obtenir un permis de séjour : « C’est pour cela que j’ai été choisi comme directeur, je recevais 1500 manats par mois. En plus, ils assuraient aussi ma prise en charge. Si j’avais obtenu un permis de séjour en Géorgie, R.M. aurait pu être choisi comme directeur. »

Le procès se poursuivra le 12 janvier avec l’audition d’autres témoins.

Selon l’acte d’accusation, il existe de forts soupçons que Martin Ryan ait reçu des instructions pour obtenir des informations sur : les armes et munitions produites en République d’Azerbaïdjan, l’équipement de l’Armée azerbaïdjanaise durant la guerre de 44 jours de 2020, les personnes servant ou susceptibles d’être mobilisées dans les Forces armées azerbaïdjanaises, les personnes ayant suivi des études en langue française à l’étranger, les citoyens et entités étrangères opérant en Azerbaïdjan, les possibilités d’organiser des transferts d’argent clandestins via l’Azerbaïdjan vers d’autres pays sur ordre des services spéciaux français, ainsi que les relations et les projets de coopération de l'Azerbaïdjan avec le Royaume-Uni, l'Algérie, la Turquie, le Pakistan, l'Iran, la Chine, la Somalie, les États d'Asie centrale et d'autres pays, les projets de coopération militaire et les informations sur les armes importées en Azerbaïdjan.

A noter que, les deux accusés ont été arrêtés le 4 décembre 2023. Le Service de sécurité naionale a inculpé Martin Ryan, PDG de la [société basée à Bakou] SARL Merkorama, en vertu de l’article 276 du Code pénal de la République d’Azerbaïdjan, relatif à l’espionnage. D’après l’accusation, Martin Ryan aurait été recruté par des agents de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) française, qui l’auraient utilisé comme agent de renseignement dans le cadre d’une coopération clandestine. Ces agents ont depuis été déclarés « persona non grata » et expulsés du territoire azerbaïdjanais.

Dans la même affaire pénale, Azad Mammadli, citoyen de la République d'Azerbaïdjan, a été inculpé, aux côtés de Martin Ryan, en vertu de l'article 274 du Code pénal de la République d'Azerbaïdjan (haute trahison).

#
#

En transaction