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Des témoins révèlent des détails clés du procès des individus accusés de trahison et d'espionnage – Les faits marquants de l’audience

Des témoins révèlent des détails clés du procès des individus accusés de trahison et d
# 28 octobre 2025 13:55 (UTC +04:00)

Dans le cadre d'une affaire penal ouverte par le Service de sécurité nationale de la République d'Azerbaïdjan, le procès de Martin Ryan, arrêté pour espionnage au profit de la France, et d’Azad Mammadli, accusé de haute trahison, s’est poursuivi, rapporte l'APA.

Des témoins ont déposé lors du procès devant le tribunal des crimes graves de Bakou, présidé par le juge Elmin Rustamov.

Témoignages des témoins

Le témoin K.Y., entendu dans le cadre de l’affaire, a déclaré qu’il avait précédemment effectué son service militaire actif au Service national de protection des frontières et qu’il détenait le grade de colonel. Il a indiqué qu’il connaissait Martin Ryan, qu’il avait rencontré en 2019 au World Business Centre à Bakou. K.Y. a précisé qu’à cette époque, il avait décidé d’apprendre le français et, sachant que cette langue y était enseignée, il s’était adressé à ce centre, où il avait fait la connaissance de Martin Ryan, qui y dispensait des cours de français. Cependant, n’étant pas satisfait de la méthode d’enseignement et de l’approche non professionnelle de Martin Ryan, il a décidé d’abandonner les cours. Le témoin a ajouté qu’après avoir fait sa connaissance, Martin Ryan, ayant compris qu’il était militaire, lui avait demandé où et à quel poste il travaillait, et qu’il lui avait répondu qu’il travaillait au Service national de protection des frontières (DSX). Lors de leurs rencontres suivantes, Martin Ryan lui a posé des questions sur l’adresse où il résidait à Bakou et avec qui il vivait, questions auxquelles il a répondu, affirme le témoin.

Un autre témoin, N.M., a déclaré dans son témoignage qu’il était le directeur de la SARL “Linguist”, chargée d’organiser des formations en langues étrangères au World Business Centre, ainsi que le directeur exécutif de la SARL “Expert Services FZE”. Il a indiqué que Martin Ryan avait donné des cours de français au sein de l’entreprise pendant environ deux mois. Durant cette période, Martin Ryan avait enseigné le français à K.Y., employé du DSX, et à O.K., employé de l’ambassade de Russie en Azerbaïdjan. Le témoin a ajouté qu’il avait rencontré Martin Ryan à plusieurs événements organisés par l’ambassade de France, mais qu’il n’avait eu avec lui aucune autre conversation.

Le témoin Z.M. a déclaré qu’il avait fait la connaissance de Martin Ryan, étudiant à l'Université Montpellier 3, lors d'une réunion étudianteen 2008, par l'intermédiaire d'un camarade de classe nommé Gleb Zharkov, citoyen français originaire de Biélorussie. Le témoin a déclaré qu’après ses études, n’ayant pas de travail stable en France, il était retourné en Azerbaïdjan et avait travaillé comme professeur de français dans différents cours de langue, où il avait fait la connaissance d’Azad Mammadli, qui était alors son élève. En 2019, un de ses anciens camarades, Ramin, l’a appelé pour lui dire que Martin Ryan allait venir en Azerbaïdjan et qu’il avait besoin d’un logement à louer. Par la suite, Z.M. a vécu quelque temps en colocation avec Martin Ryan dans un appartement à Bakou.

Le témoin Z.M. a ajouté que c’est lui qui avait présenté Azad Mammadli à Martin Ryan. Ainsi, en 2020, alors qu’il se promenait sur le boulevard de Bakou avec Martin Ryan, ils ont rencontré Azad Mammadli. Après cela, une relation d’amitié s’est établie entre Azad Mammadli et Martin Ryan. À partir de ce moment-là, Azad Mammadli a rencontré Martin Ryan à plusieurs reprises, seuls à seuls. Le témoin a précisé qu’il y a plusieurs années, Azad était parti travailler en Irlande du Nord. Avant son départ, Martin l’avait présenté à des employés de l’ambassade de France, Frédéric Devos et Laurent Grard, lesquels avaient tenté de recruter Azad pour une collaboration secrète. Le témoin Z.M. a indiqué que Martin lui avait une fois confié que des représentants des services spéciaux français avaient remis à Azad des instructions écrites dissimulées à l’intérieur d’un livre. Azad avait exigé en contrepartie de cette collaboration secrète l’obtention de la citoyenneté française. Martin lui avait également déclaré que les services spéciaux français s’intéressaient de près aux activités de l’Iran et de la Russie en République d’Azerbaïdjan.

Le témoin a ajouté qu’il avait quitté son précédent emploi en raison d’un salaire insuffisant et avait postulé pour un poste de traducteur à l’ambassade de France. Pour l’aider, Martin Ryan avait lui-même rédigé une demande d’emploi à son nom et l’avait adressée à l’ambassade de France. Peu de temps après de cette demande, Z.M. a été convoqué à un entretien et a ensuite commencé à y travailler. Le témoin a poursuivi en indiquant que Martin Ryan lui avait dit, avant même qu’il ne commence à travailler à l’ambassade, que Frédéric Devos, alors conseiller de l’ambassadeur, était un employé des services spéciaux français. Par la suite, Laurent Grard avait remplacé Frédéric Devos à ce poste.

Il a précisé qu’il considérait Martin Ryan non pas comme un agent des services spéciaux français, mais comme une personne liée à ceux-ci. Frédéric Devos avait même demandé un jour à Martin s’il pouvait se rendre en Iran. Le témoin Z.M. a affirmé que Martin lui avait plus tard confié que Frederick Devos, Laurent Ledit et Laurent Grad, qui travaillaient à l'ambassade de France et étaient conseillers de l'ambassadeur, étaient des agents des services spéciaux français. Martin lui disait toujours qu'il rencontrait les services spéciaux une ou deux fois par mois dans différents restaurants du centre-ville.

Dans sa déposition, Z.M. a ajouté que les représentants des services spéciaux français s’étaient intéressés, après la deuxième guerre du Karabakh, aux changements politico-sociaux survenus en Azerbaïdjan, ainsi qu’en Russie, en Iran et en Turquie. Lors d’une conversation, Martin lui avait confié que, bien qu’Azad collaborât avec les services spéciaux français, il avait toujours peur des services spéciaux russes. Frédéric avait constamment recommandé à Martin de se tenir à l’écart des Russes vivant à Bakou.

Le témoin Ü.Ə., entendu dans le cadre de l’affaire, a déclaré qu’il avait poursuivi ses études supérieures à l’Université de Montpellier, en République française, entre 2004 et 2009. Il a indiqué avoir fait la connaissance de Martin Ryan en 2005, lors de la soirée du Nouvel An en France, par l’intermédiaire d’un citoyen français d’origine biélorusse nommé Gleb.

Le témoin a précisé qu’il entretenait une relation étroite avec Martin Ryan. Dans le cadre de cette proximité, ils ont eu de nombreuses conversations sur divers sujets. Ces discussions portaient principalement sur les relations d’affaires de Martin Ryan, son souhait de développer son activité liée aux boissons alcoolisées en Azerbaïdjan, ainsi que sur des questions politiques. Selon le témoin, Martin Ryan lui posait souvent des questions d’ordre général sur la politique du pays, sur les relations tendues entre l’Azerbaïdjan et la France à cette époque, sur la durée possible de cette tension, sur les limites de ces différends, ainsi que sur les relations de l’Azerbaïdjan avec les autres pays voisins.

Le témoin a ajouté qu’il avait rencontré Azad Mammadli il y a environ deux ans, au domicile de Martin Ryan à Bakou. Azad Mammadli s’était présenté à lui comme un juriste travaillant à la Banque internationale d’Azerbaïdjan. Au cours de cette période, il a rencontré Azad Mammadli deux à trois fois, généralement par l’intermédiaire de Martin Ryan, et toujours au domicile de ce dernier.

Poursuivant sa déposition, le témoin a déclaré qu’en novembre 2023, il avait reçu un courriel d’invitation de l’ambassade de France à Bakou, l’invitant à participer à une conférence organisée à l’Université franco-azerbaïdjanaise (UFAZ).
Après la conférence, lors du banquet organisé, il a fait la connaissance de Laurent Grard. À ce moment-là, Laurent Grard lui a demandé quelle était sa profession, et le témoin a répondu qu’il travaillait dans le secteur agricole. Laurent Grard s’est présenté comme premier secrétaire de l’ambassade de France et lui a proposé une collaboration professionnelle. Toutefois, lorsqu’il a appris que le témoin travaillait dans la ville de Khatchmaz, il a indiqué qu’il ne pourrait pas s’y rendre.

Après cet événement, le témoin est rentré chez lui et en a discuté avec Martin Ryan, lequel lui a demandé qui d’autre avait participé à la conférence. Le témoin lui a alors dit qu’il avait fait la connaissance de Laurent Grard, qui lui avait remis une carte de visite avec son numéro de téléphone portable. À ce moment-là, Martin Ryan lui a expliqué que Laurent Grard s’occupait en Azerbaïdjan de recruter de jeunes personnes pour travailler avec les services de renseignement français, en les engageant comme agents, et qu’il avait également fait une telle proposition à Azad Mammadli.

Le témoin a ajouté que Martin Ryan lui avait parlé de l'Association de la Francophonie de Bakou, qui rassemblait des Français et des francophones à Bakou en organisant divers événements récréatifs.

Le témoin Ü.Ə. a déclaré que lorsque les parents de Martin Ryan étaient venus à Bakou durant l’hiver 2022, il avait également été invité à leur domicile. Lors de cette invitation, il a rencontré au domicile de Martin Ryan ses parents ainsi qu’une personne nommée Laurent Ledit. À ce moment-là, Martin Ryan lui avait présenté Laurent Ledit comme employé de l’ambassade de France. Le témoin a indiqué que Laurent Ledit s’était montré froid et distant envers lui, raison pour laquelle il n’avait plus eu de contact avec lui par la suite.

Un autre témoin, H.A., a déclaré dans son témoignage qu’il avait fait la connaissance de Martin Ryan il y a environ quatre à cinq ans, par l’intermédiaire de Z.M., avec qui il travaillait à l’époque. Ainsi, pendant une pause déjeuner, Z.M. avait invité son ami Martin à se joindre à eux dans l’un des cafés de Bakou. Le témoin a indiqué que, bien que Martin soit citoyen français, il pouvait parler la langue azerbaïdjanaise et, lors de cette rencontre, il les avait salués et s’était présenté en azerbaïdjanais, avant de poursuivre sa conversation en français avec Z.M. Par la suite, le témoin a rencontré Martin environ 10 à 15 fois, toujours en compagnie de Z.M.. Étant ingénieur en informatique, il gagnait sa vie en achetant, réparant et revendant des ordinateurs. Un jour, Z.M. lui avait dit que Martin avait besoin d’un ordinateur. Or, il en avait justement un prêt à la vente. Environ dix jours après cette conversation, Z.M. l’avait rappelé pour l’informer que Martin souhaitait acheter l’ordinateur, et ils s’étaient rencontrés dans un café à Bakou, où Martin avait procédé à l’achat. Le témoin a précisé qu’il n’avait jamais rencontré Martin seul : Z.M. était toujours présent lors de leurs rencontres. Un jour, Z.M. l’avait appelé pour lui dire qu’un clavier avait été remis à Martin et lui avait demandé s’il était possible qu’un “puce” (chip) y soit intégrée. Le témoin lui avait répondu qu’il devait examiner le clavier pour le vérifier. Cependant, ni Z.M. ni Martin ne lui ont finalement apporté le clavier pour inspection.

Les témoins reconnus dans le cadre de l’affaire — R.Q, R.B, H.T, E.C. — ont confirmé lors de l’audience les déclarations qu’ils avaient faites précédemment à l’enquête, en accord avec le fond de l’affaire.

Le témoin R.B. a déclaré que lorsqu'il a demandé à Martin Ryan, à qui il louait sa maison, quelle était sa profession, ce dernier lui a d'abord dit qu'il travaillait dans le secteur maritime, mais lorsque la même question lui a été posée à nouveau lors d'une conversation entre eux en 2023, il lui a dit qu'il travaillait dans l'importation et la vente de vin et d'autres boissons alcoolisées en République d'Azerbaïdjan.

La prochaine audience se tiendra le 24 novembre et se poursuivra avec l’audition d’autres témoins.

Acte d’accusation

Selon l'acte d'accusation, il existe de fortes suspicions selon lesquelles Martin Ryan aurait mené des activités dans diverses directions sur instruction des services de renseignement français. Il s'agissait notamment d'obtenir des informations sur : les armes et les munitions produites en République d'Azerbaïdjan, l'équipement de l'armée azerbaïdjanaise pendant la guerre patriotique de 44 jours de 2020, les personnes effectuant leur service militaire ou ayant été libérées de la réserve des forces armées azerbaïdjanaises et susceptibles d'être recrutées, les personnes ayant suivi des études à l'étranger dans le cadre de programmes francophones, les citoyens étrangers et les personnes morales opérant en Azerbaïdjan, les possibilités d'organisation de transferts d'argent clandestins via l'Azerbaïdjan vers d'autres pays sur ordre des services de renseignement français, les relations et les projets de coopération de l'Azerbaïdjan avec le Royaume-Uni, l'Algérie, la Turquie, le Pakistan, l'Iran, la Chine, la Somalie, les États d'Asie centrale et d'autres pays, les projets de coopération militaire et les informations sur les armes importées en Azerbaïdjan.

A noter que, les deux accusés ont été arrêtés le 4 décembre 2023. Le Service de sécurité naionale a inculpé Martin Ryan, PDG de la [société basée à Bakou] SARL Merkorama, en vertu de l’article 276 du Code pénal de la République d’Azerbaïdjan, relatif à l’espionnage. D’après l’accusation, Martin Ryan aurait été recruté par des agents de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) française, qui l’auraient utilisé comme agent de renseignement dans le cadre d’une coopération clandestine. Ces agents ont depuis été déclarés « persona non grata » et expulsés du territoire azerbaïdjanais.

Dans la même affaire pénale, Azad Mammadli, citoyen de la République d'Azerbaïdjan, a été inculpé, aux côtés de Martin Ryan, en vertu de l'article 274 du Code pénal de la République d'Azerbaïdjan (haute trahison).

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