Interview de Gwi-Yeop Son, Directrice régionale pour l'Europe et l'Asie centrale, Bureau de coordination des Nations Unies pour le développement (UNDCO) à l'APA
L’accueil du WUF13 à Bakou revêt une importance stratégique
- Comment évaluez-vous l’importance de l’organisation du WUF13 à Bakou à un moment où les villes du monde entier sont confrontées à des défis sociaux, économiques et climatiques croissants ?
- L’accueil du WUF13 à Bakou revêt une importance stratégique. Aujourd’hui, les villes sont au cœur de nombreux défis mondiaux, notamment le changement climatique, les inégalités, les pressions liées au logement, les migrations, les lacunes en matière d’infrastructures et la reprise après les crises. En même temps, les villes sont aussi les lieux où émergent de nombreuses solutions.
L’organisation du WUF13 par l’Azerbaïdjan, après la COP29, place ce pays au centre des discussions mondiales sur l’urbanisation durable, la résilience, l’action climatique et le développement inclusif. Cela crée une occasion importante pour les gouvernements, le système des Nations Unies, les institutions financières internationales et les acteurs locaux d’échanger des expériences pratiques et d’identifier des solutions concrètes capables d’accélérer les progrès vers les Objectifs de développement durable.
Pour la région Europe et Asie centrale, cette discussion est particulièrement pertinente, car de nombreux pays traversent simultanément des transformations urbaines, des évolutions démographiques, des pressions climatiques et des transitions économiques.
Nous apporterons les perspectives régionales de l’Europe et de l’Asie centrale
- En tant que Directrice régionale pour l’Europe et l’Asie centrale au sein du Bureau de la coordination du développement des Nations Unies (UNDCO), quelles seront les principales priorités et les principaux messages que votre bureau apportera au WUF13 ?
- Notre message principal est que l’urbanisation durable ne peut pas être abordée comme un secteur isolé. Le logement, la mobilité, la résilience climatique, l’emploi, l’inclusion sociale, la gouvernance locale, la transformation numérique et les infrastructures sont tous interconnectés.
Lors du WUF13, nous mettrons l’accent sur l’importance des approches intégrées à travers le système des Coordonnateurs résidents des Nations Unies et les Cadres de coopération. Dans toute l’Europe et l’Asie centrale, presque toutes les équipes de pays des Nations Unies ont récemment finalisé ou sont en train de lancer de nouveaux Cadres de coopération avec les gouvernements. Ces cadres interviennent à un moment critique, alors que les pays sont confrontés à des défis de développement de plus en plus complexes et que le délai pour atteindre les Objectifs de développement durable devient de plus en plus serré.
Beaucoup des nouveaux Cadres de coopération accordent déjà une attention renforcée à la transition verte, à la résilience climatique, à l’urbanisation durable, à l’inclusion sociale, à la connectivité régionale et aux infrastructures résilientes. Le WUF13 constitue donc une occasion très importante de transformer les résultats de ces discussions mondiales en actions concrètes et en partenariats entre les Nations Unies, les gouvernements, les institutions financières internationales, les autorités locales et les autres partenaires du développement.
Une autre priorité importante pour nous est la localisation. La réalisation des ODD dépend de plus en plus du renforcement des capacités des villes et des gouvernements locaux grâce à de meilleurs systèmes de données, des mécanismes de financement et des capacités institutionnelles accrues.
Nous apporterons également les perspectives régionales de l’Europe et de l’Asie centrale, notamment les expériences liées à la transition verte, aux infrastructures durables et à la connectivité régionale.
La coopération entre les Nations Unies et l’Azerbaïdjan est forte, constructive et de plus en plus stratégique
- L’Azerbaïdjan est devenu un partenaire actif des Nations Unies dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD). Comment évalueriez-vous le niveau actuel de coopération entre l’ONU et l’Azerbaïdjan ?
- La coopération entre les Nations Unies et l’Azerbaïdjan est forte, constructive et de plus en plus stratégique. L’Azerbaïdjan a démontré une forte appropriation du programme des ODD et a fait du développement durable une priorité nationale.
Le nouveau Cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable pour la période 2026–2030, dont la mise en œuvre a commencé cette année, reflète une étroite collaboration entre le Gouvernement et le système des Nations Unies et s’aligne sur les priorités évolutives du pays en tant que pays à revenu intermédiaire supérieur.
Le nouveau Cadre de coopération se concentre stratégiquement sur deux priorités principales : la première consiste à promouvoir une croissance socio-économique inclusive et le développement humain, notamment grâce à un soutien accru au développement centré sur les personnes, à l’innovation, à l’inclusion sociale et aux opportunités pour les groupes vulnérables. La seconde vise à promouvoir les écosystèmes et la résilience climatique, la croissance verte et une transition juste, en reconnaissant l’importance croissante de la durabilité environnementale, de l’adaptation climatique et de la transformation économique résiliente.
Notre coopération avec l’Azerbaïdjan couvre également des domaines tels que la localisation des ODD, la numérisation, l’engagement des jeunes, l’innovation, le développement urbain durable et la connectivité régionale.
L’Azerbaïdjan a également joué un rôle actif dans l’avancement du dialogue régional et international sur le développement durable, notamment à travers l’accueil de la COP29 et du WUF13, ainsi que par sa participation à des initiatives de coopération régionale telles que la SPECA. À cet égard, nous saluons la contribution du Gouvernement azerbaïdjanais de 3,5 millions de dollars américains au Fonds fiduciaire multipartenaire de la SPECA. Ces plateformes créent d’importantes opportunités pour renforcer le dialogue et les partenariats sur le développement durable dans l’ensemble de la région Europe et Asie centrale.
L’ONU continue de soutenir la coopération économique régionale liée au Caucase du Sud
- Quels sont certains des projets de développement soutenus par l’ONU les plus importants actuellement mis en œuvre en Azerbaïdjan, notamment dans des domaines tels que le développement durable, la résilience urbaine et la reprise régionale ?
- Le système des Nations Unies en Azerbaïdjan soutient un large éventail d’initiatives alignées sur les priorités nationales de développement.
Un domaine important est la résilience climatique et le développement urbain durable. S’appuyant sur l’élan de la COP29, l’ONU a soutenu le lancement de l’initiative « Voies d'action multisectorielles pour des villes résilientes et saines », approuvée par des dizaines de gouvernements, qui promeut des approches intégrées de la résilience urbaine et de l’adaptation climatique.
L’ONU soutient également les efforts de localisation des ODD, le renforcement des systèmes de données, l’engagement des jeunes, l’innovation et les initiatives de développement inclusif.
En outre, l’ONU continue de soutenir la coopération économique régionale, la connectivité durable et le dialogue politique liés au Caucase du Sud ainsi qu’à l’ensemble de la région Europe et Asie centrale, notamment à travers sa participation au Fonds fiduciaire multipartenaire de la SPECA et à d’autres mécanismes.
Le système des Nations Unies est prêt à continuer de soutenir l’Azerbaïdjan
- L’Azerbaïdjan mène des efforts de reconstruction et de réintégration à grande échelle dans les zones touchées par les conflits. Du point de vue du développement des Nations Unies, quelles opportunités et quels défis voyez-vous dans ce processus ?
- L’ampleur des efforts de reconstruction et de réintégration présente à la fois des opportunités importantes et des défis complexes.
Il existe une grande opportunité de construire dès le départ des communautés résilientes, inclusives, sensibles au climat et tournées vers l’avenir. Cela inclut des infrastructures durables, des solutions d’énergie renouvelable, des approches de villes intelligentes, des logements résilients, des services publics et des opportunités économiques pour les communautés et les populations affectées par les déplacements.
En même temps, la reconstruction post-conflit est toujours multidimensionnel. Il nécessite une planification à long terme, une coordination institutionnelle, des considérations environnementales, la cohésion sociale, les moyens de subsistance et une forte participation des communautés.
Le système des Nations Unies est prêt à soutenir l'Azerbaïdjan grâce à une expertise intégrée, un appui politique, des partenariats et l'expérience internationale acquise dans d'autres contextes de redressement à travers le monde.
Aucune institution ne peut relever seule ces défis
- Dans quelle mesure la coordination entre les agences des Nations Unies, les gouvernements et les institutions financières internationales est-elle importante pour répondre aux défis du développement urbain et du relèvement post-conflit ?
- La coordination est absolument essentielle. Aucune institution ne peut relever seule ces défis.
Le développement urbain et le redressement post-conflit nécessitent des solutions intégrées combinant financement, soutien politique, expertise technique, investissement dans les infrastructures, inclusion sociale et planification à long terme.
Le système des Coordonnateurs résidents des Nations Unies joue un rôle important en réunissant différentes entités des Nations Unies, les gouvernements, les institutions financières internationales, les partenaires du développement et les acteurs locaux autour de priorités communes.
Nous constatons de plus en plus que le succès du redressement et de la transformation urbaine dépend de partenariats solides et d’un alignement entre les stratégies nationales, la mise en œuvre locale et les cadres de financement.
Le WUF13 lui-même reflète cette approche en réunissant le système des Nations Unies, les gouvernements, les IFI, les autorités locales, le monde universitaire et la société civile autour de solutions urbaines communes.

- La région du Caucase du Sud est confrontée à des défis liés au changement climatique, aux migrations et à la modernisation des infrastructures. Selon vous, quel rôle la coopération régionale peut-elle jouer pour relever ces défis ?
- La coopération régionale devient de plus en plus importante, car beaucoup de ces défis sont par nature transfrontaliers.
Les risques climatiques, les dynamiques migratoires, la connectivité des transports, la gestion de l’eau, les corridors commerciaux et les systèmes énergétiques nécessitent tous des approches régionales coordonnées.
Le Caucase du Sud possède un potentiel important pour renforcer la coopération autour de la connectivité durable, de la transition verte, de la résilience climatique, des infrastructures numériques, de la réduction des risques de catastrophe et de l’intégration économique.
Le dialogue et la coopération régionaux peuvent également contribuer au renforcement de la confiance, à la stabilité et à une prospérité partagée.
Les Nations Unies soutiennent fortement les plateformes de coopération régionale et les analyses régionales intégrées, car les défis du développement durable aujourd’hui ne peuvent pas être efficacement traités de manière isolée.
L’Azerbaïdjan démontre déjà une forte ambition dans la numérisation et l’innovation
- La transformation numérique et les initiatives de villes intelligentes deviennent de plus en plus importantes à l’échelle mondiale Comment des pays comme l’Azerbaïdjan peuvent-ils bénéficier de l’expérience internationale dans ce domaine ?
- Des pays comme l’Azerbaïdjan peuvent grandement bénéficier de l’expérience internationale en adaptant les meilleures pratiques mondiales aux réalités locales et aux priorités nationales
Les approches de villes intelligentes ne concernent pas seulement la technologie. Elles visent à améliorer la qualité de vie, les services publics, l’efficacité énergétique, la mobilité, la durabilité environnementale, la gouvernance et la participation citoyenne.
La coopération internationale permet aux pays d’échanger une expertise sur la gouvernance numérique, les infrastructures intelligentes, les systèmes de données urbaines, la mobilité verte, les bâtiments résilients et les services publics numériques.
L’Azerbaïdjan démontre déjà une forte ambition dans la numérisation et l’innovation, et le WUF13 offre une excellente plateforme pour renforcer les partenariats et tirer des enseignements des expériences de différentes régions.
L’essentiel est de garantir que la transformation numérique reste inclusive, centrée sur les personnes et alignée sur les objectifs plus larges du développement durable.
Le WUF13 peut devenir un important catalyseur d’une coopération plus profonde et à plus long terme
- Après le WUF13, quelles nouvelles opportunités de coopération voyez-vous entre l’Azerbaïdjan et le système des Nations Unies dans les domaines du développement urbain durable et des partenariats régionaux ?
Le WUF13 peut devenir un important catalyseur d’une coopération plus profonde et à plus long terme.
Nous voyons de fortes opportunités dans des domaines tels que la planification urbaine résiliente, la localisation des ODD, la transition verte, les infrastructures durables, l’adaptation climatique, l’innovation numérique et le financement urbain.
Il existe également un potentiel significatif pour élargir les partenariats concernant la connectivité régionale, les corridors commerciaux, la résilience environnementale et la coopération Sud-Sud.
L’engagement international croissant de l’Azerbaïdjan et sa position géographique stratégique créent des opportunités permettant au pays de contribuer davantage au dialogue régional et aux partenariats de développement à travers le Caucase du Sud, l’Asie centrale et au-delà.
Les Nations Unies restent engagées à soutenir l’Azerbaïdjan à travers un appui politique intégré, des partenariats et des échanges de connaissances.
Le WUF13 constitue une occasion importante d’apporter de nouvelles idées.
- Quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes professionnels, étudiants et décideurs politiques de la région qui participeront au WUF13 à Bakou ?
- Mon message serait de participer activement, d’échanger des idées et de réfléchir avec audace à l’avenir des villes et des communautés.
Les jeunes ne sont pas seulement les dirigeants de demain Ils façonnent déjà aujourd’hui l’innovation, la durabilité, la transformation numérique, l’action climatique et le changement social.
Les défis auxquels nous sommes confrontés sont complexes, mais cette génération apporte également une immense créativité, des connaissances technologiques et un fort engagement en faveur du développement durable.
Le WUF13 constitue une occasion importante d’apprendre des expériences internationales, de construire des partenariats et d’apporter de nouvelles idées pouvant contribuer à façonner des sociétés plus résilientes, inclusives et durables
L’avenir du développement urbain dépendra largement de la capacité des jeunes générations à tra.vailler entre les secteurs, au-delà des frontières et entre les disciplines afin de construire des solutions qui ne laissent personne de côté.