Interview de Kubanychbek Omuraliev, secrétaire général de l'Organisation des États turciques à l'APA
La présidence de l’Azerbaïdjan jouera un rôle important dans la formation de la prochaine phase de développement de l’OET
– Monsieur le Secrétaire général, la présidence de l’Organisation des États turciques passe du Kirghizistan à l’Azerbaïdjan. Comment évaluez-vous la présidence de l’Azerbaïdjan en termes de renforcement du prestige international de l’OET et d’élargissement de son adhésion ?
– Le 7 octobre 2025, l’Azerbaïdjan accueillera le prochain sommet de l’OET sur le thème « Paix et sécurité régionales » et assumera la présidence de l’organisation. Le passage de la présidence du Kirghizistan à l’Azerbaïdjan ouvre de grandes opportunités pour toute l’organisation, car à chaque mandat, nos pays définissent des domaines prioritaires et œuvrent au développement des relations multilatérales ainsi qu’au renforcement des liens enracinés dans une histoire commune.
Pendant la présidence réussie du Kirghizistan, l’envergure des activités de l’OET s’est accrue, de nouvelles plateformes ont été établies, et plusieurs tâches fixées par les chefs d’État ont été exécutées. Cette période active et productive a grandement contribué au renforcement des capacités institutionnelles et de la réputation de l’organisation, créant ainsi une base solide pour la prochaine étape de développement.
Depuis 2022, l’organisation est entrée dans une phase d’expansion, marquée par l’élargissement des partenariats, la mise en œuvre de grandes initiatives et l’intérêt croissant d’autres États et institutions à coopérer avec l’OET. Dans ce contexte, je suis convaincu que la présidence de l’Azerbaïdjan jouera un rôle important dans l’orientation de ce développement au cours de l’année à venir et dans la formation de la prochaine étape de croissance de l’organisation.
En tenant compte du thème du futur sommet – « Paix et sécurité régionales », on peut s’attendre à ce que la présidence de l’Azerbaïdjan accorde une attention particulière à cette question. En libérant ses terres en 2020 et 2023, l’Azerbaïdjan a posé les bases de la paix dans la région, ouvrant une nouvelle phase en matière de stabilité et de sécurité. La récente rencontre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à Washington et les accords de Washington signés en conséquence ont encore renforcé les espoirs de paix et de stabilité durables dans le Caucase du Sud.
Compte tenu du rôle de l’Azerbaïdjan comme pont dans le monde turc, de son poids politique, de son potentiel économique et de son rôle croissant dans les questions régionales et mondiales, nous sommes certains que, sous sa présidence, l’OET deviendra une entité plus forte et plus visible à l’échelle mondiale.
La forte volonté politique de Son Excellence Monsieur Ilham Aliyev, président de la République d’Azerbaïdjan, ainsi que son engagement personnel envers l’idée d’unité turque constituent également une base solide. En particulier, comme l’a souligné le président Aliyev lors de la cérémonie d’investiture du 14 février 2024 : « L’Organisation des États turciques est notre principale organisation internationale. L’OET est notre famille. Notre famille, c’est le monde turc. Nous n’avons pas d’autre famille. » Ces paroles du chef de l’État expriment clairement la détermination de l’Azerbaïdjan à renforcer l’OET et à en faire une force influente sur la scène mondiale.
Dans le même temps, nous nous attendons à ce qu’une attention particulière soit accordée au renforcement de la coopération dans des domaines clés tels que l’économie, les transports, l’énergie et d’autres secteurs pendant la présidence de l’Azerbaïdjan. Nous sommes convaincus que le leadership de l’Azerbaïdjan donnera un nouvel élan à la mise en œuvre d’initiatives communes, contribuera au renforcement de l’OET et à l’approfondissement de ses relations internationales.
Le 12e sommet à Guébélé sera un événement majeur pour notre organisation
– Quels seront les principaux sujets abordés lors du prochain sommet de l’OET qui se tiendra en Azerbaïdjan ?
– Le 12e sommet qui se tiendra à Guébélé sera un événement majeur pour notre organisation. L’ordre du jour comprendra une approche large et coordonnée visant à renforcer la coopération dans les domaines politique, économique, culturel, sécuritaire et autres.
L’un des principaux sujets sera l’adoption de la Déclaration de Guébélé ainsi que la signature d’autres documents importants qui détermineront l’orientation des futures initiatives.
En prenant en compte les évolutions géopolitiques et les défis sécuritaires actuels, l’ordre du jour du sommet comprendra des consultations politiques et sécuritaires régulières sur les questions régionales et internationales, le renforcement des réponses communes dans le cadre d’une vision stratégique partagée, ainsi que le fonctionnement du premier institut financier conjoint de l’OET : le Fonds d’investissement turc.
Le renforcement des connexions de transport et du numérique sera également un des principaux sujets. Cela inclut le développement du Corridor médian, du Corridor de Zenguézour, de la ligne ferroviaire Bakou–Tbilissi–Kars et de la route Ouzbékistan–Kirghizistan–Chine. Une attention particulière sera portée à un projet commun de conception et de fabrication du satellite « 12U OTS-SAT Cube » sous le drapeau de l’OET, ainsi qu’à d’autres initiatives dans les domaines de la science, de la technologie et de la numérisation.

Nous accueillons avec satisfaction l’augmentation de la coopération dans le monde turc
De plus, les questions de coopération culturelle et humanitaire figureront également à l’ordre du jour. Cela inclut la mise en œuvre de la Carte de Musée Commune, la création de l’Union des Stations de Ski turques, l’expansion des échanges touristiques, la promotion conjointe sur les marchés internationaux, ainsi que le renforcemturciques (OET) comme un acteur influent sur la scène internationale.
Nous accueillons avec satisfaction l’augmentation de la coopération dans le monde turc. Actuellement, sous la coordination de l’OET, un écosystème de coopération turque s’est formé avec la participation des organisations turques fraternelles de coopération. Lors du sommet informel qui s’est tenu à Budapest le 21 mai 2025, la décision a été prise que l’Ouzbékistan deviendra membre du Fonds pour la Culture et le Patrimoine turcs, tandis que la République turque de Chypre du Nord deviendra membre observateur de l’Académie turque. Par ailleurs, lors du sommet de Guébélé, une décision sera prise concernant l’obtention par le Turkménistan du statut d’observateur à l’Académie turque et au Fonds pour la Culture et le Patrimoine turcs, ce qui élargira et approfondira encore la coopération turque. Le renforcement de TÜRKSOY figurera également à l’ordre du jour du sommet.
Les discussions couvriront aussi le renforcement du potentiel institutionnel, l’augmentation de l’efficacité organisationnelle et le soutien au développement durable dans le cadre de l’OET. Face à la charge de travail croissante du Secrétariat et à la montée en prestige international de l’organisation, il sera également important d’aborder l’augmentation du budget et des effectifs du Secrétariat, ainsi que le renforcement global des capacités de l’organisation.
Globalement, ce sommet vise non seulement à réaffirmer notre engagement envers la paix et la sécurité régionales, mais aussi à accélérer l’intégration, renforcer les liens économiques et culturels, et positionner l’Organisation des États Turciques comme un acteur plus influent au niveau mondial.
La réalisation de la « Route Trump » donnera un nouvel élan au succès de l’initiative du Corridor médian
– Le 8 août, un accord de paix a été paraphe à Washington entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, sous la médiation du président des États-Unis. Comment l’OET évalue-t-elle les Accords de Washington et les opportunités ouvertes par TRIPP – l’Initiative de la Route Trump ?
– Nous saluons la déclaration conjointe signée à Washington en août 2025 entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, sous la médiation du président américain, ainsi que le paraphe de l’accord portant sur la paix et l’établissement des relations interétatiques. Cette étape importante témoigne de la volonté des parties de laisser derrière elles l’héritage du conflit et de construire l’avenir sur la base de la coopération et du respect mutuel. La participation constructive des États-Unis a joué un rôle crucial dans la création des conditions nécessaires à cette réussite. Nous considérons ce développement comme un tournant historique non seulement pour l’Azerbaïdjan et l’Arménie, mais aussi pour l’ensemble du Caucase du Sud et au-delà, ouvrant la voie à une paix durable, à la stabilité et à la prospérité.
Le route Trump pour la Paix et la Prospérité Internationale – TRIPP envisage l’ouverture d’une route de 43 km dans la région de Zenguézour, gérée par les États-Unis, reliant l’Azerbaïdjan à sa région autonome du Nakhitchevan. Cette route deviendra une partie importante d’une grande route commerciale reliant l’Asie centrale à travers l’Azerbaïdjan et la Turquie jusqu’aux marchés mondiaux. Nous appelons ce corridor le Corridor Central. Situé sur l’axe est-ouest entre les corridors de transport nord et sud, il présente des avantages stratégiques significatifs par rapport à ces deux alternatives : distance plus courte, conditions climatiques plus favorables et environnement politique plus stable. L’OET a déjà mis en œuvre plusieurs projets et initiatives pour concrétiser le Corridor médian comme une voie commerciale internationale efficace reliant l’Europe et la Chine via nos États membres. L’établissement d’une paix et d’une stabilité complètes dans la région et la réalisation de la Route Trump donneront un nouvel élan au succès de l’initiative du Corridor médian.
L’idée d’un alphabet commun turcique ne vise pas à remplacer les alphabets nationaux ni à imposer une écriture unifiée au niveau étatique
– Quand peut-on s’attendre à la mise en œuvre complète du passage à un alphabet commun turcique ?
– La transition vers un alphabet commun turcique est un processus progressif, mais des bases importantes ont déjà été posées. L’idée d’un alphabet commun turcique ne vise pas à remplacer les alphabets nationaux ni à instaurer une écriture unifiée au niveau étatique. Il s’agit simplement d’une mesure pratique pour faciliter la compréhension mutuelle entre nos peuples.
À cette fin, la Commission de l'alphabet commun du monde turcique, créée par l’OET, a achevé son travail avec succès. Lors de sa troisième réunion organisée à Bakou du 9 au 11 septembre 2024 par l’Académie turcique et l’Institut de Langue Turque, un projet d’alphabet turc commun en graphie latine, composé de 34 lettres, a été adopté.
Chaque lettre proposée dans cet alphabet représente différents sons phonétiques des langues turciques. Le développement de cet alphabet commun turcique favorise non seulement la compréhension et la coopération entre les peuples turcs, mais contribue aussi à la préservation de leur patrimoine linguistique.
Les racines de ces discussions remontent à Bakou – il y a des années, des intellectuels, philologues et historiens ont étudié ce concept. Comme à l’époque, l’objectif reste le même : rendre les langues turques plus accessibles les unes aux autres. Par exemple, cela facilitera aux voyageurs la lecture des panneaux indicateurs ou permettra une meilleure compréhension de la littérature entre les États turciques.
Ainsi, un alphabet unifié est un moyen de rapprochement culturel, il renforce les liens entre les langues et rapproche davantage nos peuples.
Nous nous préparons à célébrer le 100e anniversaire du Congrès de turcologie de Bakou de 1926, au cours duquel un alphabet latin commun fut adopté, dans une coopération plus large avec toutes les Organisations de Coopération turcique, en particulier l’Académie turcique, durant la présidence de l’Azerbaïdjan en 2026.