Dans le cadre d'une procédure ouverte par le service de sécurité de l'État de la République d'Azerbaïdjan, le procès de Martin Ryan et Azad Mammadli, accusés d'espionnage au profit de la France s'est poursuivi à Bakou.
Lors de l'audience tenue au tribunal des crimes graves de Bakou, présidé par le juge Elmin Rustamov, l'accusé Martin Ryan s'est exprimé sur les accusations avancées à son encontre.
Des employés des services spéciaux de l'ambassade de France en Azerbaïdjan
Il a déclaré avoir eu des contacts avec trois personnes à l'ambassade de France en Azerbaïdjan : « Ces personnes étaient des employés des services spéciaux. Ces gens m’ont proposé un travail contre une certaine somme d’argent. Je n’ai pas accepté ce travail parce qu’il était dangereux. Ils enquêtaient toujours sur les pays qui étaient en concurrence avec la France. Je leur ai fait confiance et j’ai coopéré avec eux. Au fil du temps, je n’ai pas pu me debarasser de ce contact. C'est pour cette raison que je regrette. Le coupable dans cette affaire est le gouvernement français.
Je suis venu en Azerbaïdjan pour créer une entreprise. Je suis arrivé en Azerbaïdjan en tant que touriste en 2015, et un an plus tard, j'ai rencontré là-bas un homme s'appelant Ramin et nous avons crée une entreprise. On s'est dévoloppé au fil du temps. Mes liens se sont élagis avec l’ambassade. Nous avons impliqué des entreprises françaises dans le travail. J'ai déménagé en Azerbaïdjan et j'ai appris la langue. »
L'accusé a ensuite déclaré dans son témoignage : « Ils nous ont maintenus dans une relation de coopération par la manipulation. Ils voulaient que nous recueillions des informations sur l'Iran et la Russie, en plus de l'Azerbaïdjan, et que nous les leur rapportions. »
Le 4ème agent de l'ambassade de France
L'accusé Martin Ryan a déclaré qu'il y avait un quatrième agent de l'ambassade de France : « Cet agent avait un lien avec Azad. Je l'ai rencontré une fois aussi. »
L’échec des activités de renseignement que la France voulait mener en Azerbaïdjan par l’intermédiaire de ses services secrets
Poursuivant son témoignage, Martin Ryan a déclaré : « Le 20 décembre 2023, le président de la République a pris un arrêté limogeant Bernard Emy, directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Le gouvernement français a ainsi en quelque sorte admis que les activités de renseignement qu’il souhaitait mener en Azerbaïdjan par l’intermédiaire de ses services spéciaux avaient échoué. À cette époque, des agents de renseignement nommés Jérôme et Laurent ont été expulsés d'Azerbaïdjan. Ces gens savaient qu’Azad et moi étions détenus. Ils n'ont non seulement fait aucun effort pour nous sauver, mais ils ont aussi refusé de se présenter au Service de sécurité de l'État. »
Dans sa déclaration, Martin Ryan a mentionné que bien qu'il ait contacté la presse française au sujet de son arrestation, pas un seul mot n'a été publié : « Ensuite, un blogueur arménien a rendu publique mon arrestation. Cela a été suivi de réactions et le gouvernement français a publié une déclaration. La déclaration soulignait que mon arrestation était illégale.
De quoi Martin Ryan accuse-t-il le gouvernement français ?
A la fin de son témoignage, Martin Ryan a déclaré que le gouvernement français était le coupable dans cette affaire : « Je pense que le gouvernement français devrait être honnête avec moi, m'aider et me présenter ses excuses devant l'État azerbaïdjanais pour le comportement de ces agents. »
Le procès se poursuivra le 12 mars.
Pour rappel, les accusés ont été arrêtés le 4 décembre 2023. Le Service de sécurité de l'État a accusé Martin Ryan, PDG de la [société basée à Bakou] SARL Merkorama, d'espionnage en vertu de l'article 276 du Code pénal de la République d'Azerbaïdjan.
Selon les accusations, Martin Ryan aurait été utilisé comme agent-espion par des agents de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) française qui l'auraient recruté pour une collaboration secrète et auraient ensuite été déclarés « persona non grata » et expulsés de Bakou. Dans la même affaire, le citoyen de la République d'Azerbaïdjan Azad Mammadli a été inculpé en vertu de l'article 274 (trahison) avec Martin Ryan. Comme on le sait, à la suite de la révélation d'un vaste réseau d'espionnage et d'échecs opérationnels, Bernard Émié, le chef de la DGSE française, a été démis de ses fonctions le 20 décembre 2023.