Les dernières opérations militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ont considérablement augmenté les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Washington et Tel-Aviv affirment dans leurs déclarations officielles que les frappes visaient les infrastructures militaires iraniennes et les installations représentant une menace pour la sécurité régionale. Téhéran considère toutefois ces actions comme une menace à sa souveraineté et prend des mesures de riposte. On observe dans la région la fermeture de l’espace aérien, une hausse des prix sur les marchés de l’énergie et des consultations diplomatiques intensives. Bien que l’ONU et l’Union européenne appellent les parties à la retenue, les accusations réciproques se poursuivent. Les analystes n’excluent pas une extension du champ du conflit. Les alliés régionaux renforcent le régime de sécurité.
La position de l’Iran et son argumentation juridique

Le diplomate iranien Mohsen Pakayin a déclaré à l’APA que l’Iran considère les récentes attaques des États-Unis et d’Israël, y compris l’assassinat du Guide suprême Khamenei et le bombardement d’une école à Minab, comme un « acte de terrorisme illégal » :
« En réponse à cela, Téhéran affirme qu’il a le droit de défendre le pays sans limitation. Il semble que l’objectif de l’agression continue contre l’Iran soit d’assurer la supériorité d’Israël dans la région du Moyen-Orient. L’assassinat de notre dirigeant visait également à mettre fin à la direction de l’Ayatollah Khamenei sur le système islamique et à affaiblir son rôle mondial, notamment dans le soutien aux peuples opprimés, en particulier le peuple palestinien. Lors de l’attaque des États-Unis et d’Israël, un bombardement aérien a frappé une école primaire dans la ville de Minab, faisant 168 victimes parmi les élèves filles. Si cet événement est confirmé, cela constituerait une violation flagrante du droit international et des principes humanitaires. Nous espérons que la communauté internationale condamnera fermement ce crime. Ces attaques sont survenues pendant le troisième tour des négociations entre l’Iran et les États-Unis. »
Perspective israélienne et objectifs militaires

Le politologue israélien Mixail Borodkin a déclaré que les forces aériennes d’Israël et des États-Unis continuent de frapper de manière systématique et cohérente les infrastructures militaires situées sur le territoire iranien dans le cadre d’un plan stratégique prédéfini : « Les frappes ont pour cible les bases militaires du Corps des gardiens de la Révolution islamique, les quartiers généraux du ‘Basij’, les unités de police et d’autres installations. Il est rapporté qu’au Koweït, trois avions américains ont été abattus par des tirs amis, mais les pilotes ont survécu. Les autorités iraniennes ont confirmé la mort de plusieurs généraux du Guide suprême et du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ainsi que d’autres hauts responsables ».
Le politologue souligne que, en réponse, l’Iran frappe Israël, les bases américaines situées dans les pays arabes du Golfe, ainsi que la base britannique à Chypre, bien que le Royaume-Uni ne participe pas au conflit : « Les frappes iraniennes ne se distinguent pas par leur grande efficacité, mais la propagande iranienne les présente comme de grands succès. Malheureusement, les informations fausses diffusées par la propagande iranienne sont activement relayées par les médias russes et arméniens ».
Argumentation et approche sécuritaire des États-Unis

Le commentateur politique américain Paolo von Şiraç a déclaré à l’APA que l’opération militaire à grande échelle est pour les États-Unis avant tout une mesure visant à protéger la sécurité nationale et la stabilité régionale :
« Washington estime que l’Iran continue ses activités en vue d’acquérir des armes nucléaires, ce qui constitue une menace sérieuse tant pour les États-Unis que pour leurs alliés. Parallèlement, Téhéran approfondit l’instabilité au Moyen-Orient en soutenant le Hezbollah, le Hamas, les Houthis et d’autres groupes armés. Les déclarations ouvertes des dirigeants iraniens sur la destruction d’Israël sont également perçues par Washington comme une menace directe. Dans ce contexte, l’objectif principal de l’opération est présenté comme étant d’affaiblir le potentiel militaire et nucléaire de l’Iran, de limiter son influence régionale et de rétablir un équilibre dissuasif. La question du changement de régime reste un sujet de discussion politique, mais l’argumentation officielle se concentre davantage sur la réduction des risques pour la sécurité. Le conflit en est encore à ses débuts et il est trop tôt pour tirer des conclusions sur les conséquences à long terme. »
Dynamique régionale et risque d’escalade

Selon Ali Bakir, maître de conférences en relations internationales, sécurité et défense à l’Université du Qatar et politologue, la situation au Moyen-Orient entre rapidement dans une phase d’escalade, et le processus dépasse déjà le cadre d’un conflit local pour passer à une sphère de concurrence géopolitique plus large.
D’après lui, les États-Unis et Israël restent déterminés à poursuivre une ligne de pression stratégique contre l’Iran et estiment qu’une pression militaire intensive pourrait créer les conditions d’une transformation politique interne, voire d’un changement de régime : « En contrepartie, Téhéran tente, en faisant preuve de résilience face aux attaques existantes, d’impliquer ses rivaux dans une guerre d’usure à long terme. »
Ali Bakir souligne que, à mesure que les marges de manœuvre de l’Iran se réduisent, Téhéran pourrait élargir sa zone d’action et ses instruments d’influence afin d’impliquer davantage d’acteurs internationaux dans le processus. Dans le même temps, Israël s’efforce également d’obtenir le soutien ouvert d’un plus grand nombre de pays. Selon le politologue, cette dynamique expose particulièrement les États membres du Conseil de coopération du Golfe à un risque sécuritaire accru et pourrait, malgré eux, les transformer en parties prenantes du conflit.
Contexte historique de la confrontation stratégique

Le commentateur politique français Gil Mihaeli a déclaré que, à ce stade, le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran doit être considéré davantage comme le passage à une phase ouverte de contradictions stratégiques qui se sont formées sur de longues années, plutôt que comme un affrontement militaire tactique : « Ce conflit est la continuation logique de l’architecture idéologique et sécuritaire établie après 1979. »
Mihaeli a souligné que l’expansion de l’influence régionale de l’Iran par le biais de réseaux proxy, de son programme de missiles et de ses ambitions nucléaires est perçue par Washington et Jérusalem comme une menace structurelle. Selon le commentateur, les États-Unis et Israël estiment que la source du problème ne réside pas dans les acteurs périphériques, mais directement à Téhéran. À son avis, bien que la dynamique actuelle augmente le risque d’escalade, les parties tentent pour l’instant de mener une politique de pression limitée et ciblée afin de modifier l’équilibre stratégique à leur avantage.
La trajectoire possible de la guerre

La récente escalade militaire au Moyen-Orient met sérieusement à l’épreuve l’architecture de sécurité de la région. La dynamique des événements montre que le processus dépasse désormais le cadre d’un conflit local pour entrer dans une sphère de rivalité géopolitique plus large. À ce stade, la question principale concerne jusqu’où les parties étendront le conflit et dans quelle mesure les objectifs stratégiques auront un caractère limité ou maximaliste.
Mohsen Pakayin a souligné que la manière dont la guerre se poursuivra dépendra de plusieurs facteurs principaux. Selon lui, si les parties maintiennent le conflit dans le cadre d’opérations militaires limitées, le processus pourrait aboutir plus rapidement à une diminution de l’intensité : « Les événements ont déjà donné au conflit de nouvelles dimensions juridiques et politiques. L’action menée par des forces étrangères contre le dirigeant d’un autre pays est considérée comme une violation grave du droit international, ce qui confère au conflit un caractère d’agression et pourrait en élargir l’ampleur. »
Il a ajouté que, dans ce contexte, on s’attend à ce que l’Iran cherche à se protéger dans le cadre de son droit légitime à la défense, et tout cela augmente le risque que le conflit passe à une phase plus longue.
Escalade et perspective diplomatique

Dans le contexte actuel d’escalade, le passage de la phase militaire aux négociations diplomatiques ne semble possible qu’après la formation de certaines conditions politiques et militaires. Tout d’abord, l’intensité des frappes réciproques doit diminuer et un minimum de climat de confiance doit être créé. La garantie de sécurité acceptable pour les parties et la réduction des pertes à un niveau raisonnable constituent l’une des conditions essentielles. Le rôle de médiation des acteurs régionaux et mondiaux peut également être décisif. Parallèlement, la limitation des objectifs stratégiques et le renoncement à une approche maximaliste sont des facteurs importants pour l’ouverture d’une fenêtre diplomatique. Dans ce contexte, les experts expriment différentes positions sur les scénarios possibles et les mécanismes de transition envisageables.
Un expert iranien déclare dans ce contexte que le passage de la phase militaire aux négociations diplomatiques ne peut être réel que si les attaques cessent et que l’environnement sécuritaire se stabilise :
« Les unités militaires de l’Iran agissent selon une stratégie prédéfinie et les décisions sont prises en fonction de l’évolution de la situation : pour Téhéran, la condition principale est que la partie adverse cesse la pression et les frappes. »
Il souligne que l’Iran est capable de se défendre sans attendre de garanties particulières des autres, mais que la réduction de l’escalade réciproque peut créer un terrain nécessaire à l’ouverture des canaux diplomatiques.
Pakayin a souligné que la priorité de l’Iran est la protection de la sécurité nationale et que le pays est capable de se défendre sans s’appuyer sur aucune garantie étrangère.

L’expert israélien Mixail Borodkin a déclaré que le retour réel à la table des négociations ne serait possible que si l’Iran faisait des concessions concrètes et acceptait les principales exigences avancées par les États-Unis : « À ce stade, la nouvelle direction de Téhéran n’a pas fait preuve de volonté politique dans ce sens et n’a pas donné de signal clair indiquant sa disposition à un compromis. »
L’expert estime que, dans le contexte de la rhétorique actuelle et de la dynamique militaire, le premier pas pour relancer le processus diplomatique doit être effectué par l’Iran.
Selon l’évaluation de l’expert américain Paolo von Şiraç, le passage de la phase militaire au processus diplomatique ne serait réel que si la direction iranienne reconnaissait que sa position dans l’environnement stratégique s’est sérieusement affaiblie.
À son avis, Téhéran ne pourrait accepter des concessions substantielles sur des questions fondamentales telles que le programme nucléaire, l’infrastructure des missiles balistiques et le soutien aux proxies régionaux que sous la pression militaire continue et l’approfondissement des sanctions économiques : « À ce stade, il n’y a toutefois aucune observation d’une volonté politique se formant dans ce sens. »
L’expert souligne que si l’objectif de Washington est « de contraindre l’Iran à un changement de comportement ou d’atteindre une transformation structurelle », ce choix déterminera le sort des perspectives diplomatiques.

Le politologue Ali Bakir estime qu’à ce stade, il est difficile de prévoir avec précision dans quelle direction le processus va évoluer.
Selon lui, comme l’a également souligné le ministre omanais des Affaires étrangères, les parties étaient proches d’un certain accord avant le début des opérations militaires israéliennes : « Cependant, le déclenchement de la guerre et l’implication des États-Unis ainsi que d’autres acteurs ont relégué la voie diplomatique au second plan. »
L’expert souligne que ces derniers temps, les initiatives de médiation se sont affaiblies et que le climat de confiance entre les parties s’est encore rétréci : « Si les États-Unis revoient leur stratégie, la fenêtre d’opportunité pour une solution politique n’est pas encore complètement fermée. Néanmoins, tant Washington que Tel-Aviv espèrent qu’une configuration politique plus favorable se formera à l’intérieur de l’Iran. »
Le nouvel environnement sécuritaire qui se dessine au Moyen-Orient dépasse désormais le cadre d’un conflit militaire local pour entrer dans une phase de confrontation stratégique à multiples niveaux. Bien que les opérations des États-Unis et d’Israël soient justifiées par des logiques de sécurité et de dissuasion, Téhéran les présente comme des actions contraires à sa souveraineté et au droit international, en mettant en avant le concept de légitime défense.
Les frappes réciproques, la guerre de l’information et l’activité des acteurs proxies augmentent le risque d’escalade tout en réduisant les marges de manœuvre diplomatique. La dynamique actuelle montre que les parties ne sont pas encore prêtes à abandonner leurs positions maximalistes et poursuivent une ligne de pression limitée mais continue afin d’obtenir un avantage stratégique.
Le passage à une phase diplomatique ne semble possible que si l’intensité militaire diminue, que des garanties de sécurité mutuelles sont mises en place et que des possibilités de compromis réel émergent sur les principales revendications politiques. Dans le cas contraire, le processus pourrait se transformer en une confrontation prolongée et épuisante.