Le scandale autour de l'espion Martin Ryan, arrêté à Bakou, ne peut pas quitter l'agenda français avec ses nouveaux détails. Des pages influentes de la presse française continuent de critiquer l'utilisation de Martin Ryan à des fins d'espionnage et ceux qui devraient en être tenus responsables.
Le réseau de presse-radio Kernews.com a présenté une interview du journaliste activiste d'origine arménienne Leo Nikolia, qui a reçu de nombreuses informations des parents de Martin Ryan.
Le scandale autour de l'espion Martin Ryan, arrêté à Bakou, ne peut pas quitter l'agenda français avec ses nouveaux détails. Des pages influentes de la presse française continuent de critiquer l'utilisation de Martin Ryan à des fins d'espionnage et ceux qui devraient en être tenus responsables.
Le réseau de presse-radio Kernews.com a présenté une interview du journaliste activiste d'origine arménienne Leo Nikolia, qui a reçu de nombreuses informations des parents de Martin Ryan.
Outre le fait que le chef du renseignement extérieur français a été démis de ses fonctions en relation avec les événements mentionnés, la démission du ministre français des Affaires étrangères lors de l'entretien et les démarches qu'il a entreprises concernant Martin Ryan avant sa démission, l'espionnage actif contre l'Iran, l'Amérique et d'autres pays par des agents de renseignement bénéficiant d'une couverture diplomatique. Les activités du réseau commercial de Martin Ryan laissent entendre qu'il a été utilisé à ses fins et de nombreux détails jusqu'alors inconnus ont été évoqués.
Il convient de noter que ces dernières années, aucun deuxième espion n'a fait l'objet d'autant de discussions dans la presse mondiale que Martin Ryan. On pense que l’évolution progressive de l’affaire promet de nouvelles surprises.
En tant que première source sur « l'Affaire Martin » directement liée à la démission des deux ministres, l'APA vous présente l'article de Kernews.com :
Kernews : On parle beaucoup depuis quelques jours de ce citoyen français, Martin Ryan, détenu pour espionnage en Azerbaïdjan. Vous êtes en contact avec sa famille et vous avez pu recueillir de nombreux éléments. D’abord, pouvez-vous nous présenter le parcours de ce trentenaire ?
Léo Nicolian : Martin est un Français qui a envie de réussir sa vie. En voyant tous les problèmes qu’il y a en France, entre les impôts, les taxes et les normes diverses, il a envie de partir ailleurs. Parfois, l’herbe peut être plus verte ailleurs… Il hésite entre plusieurs pays, notamment le Canada, les États-Unis, ou même la Russie, où tout va bien sur le plan économique, mais aussi l’Arménie, Dubaï ou le Qatar. Il s’intéresse à ce pays émergent qu’est l’Azerbaïdjan. Bakou, c’est la perle du Caucase, capitale de l’Azerbaïdjan, avec un peuple turcophone. C’est un pays laïc qui s’est énormément développé et enrichi. Donc, Martin s’y installe il y a cinq ans. Il se dit qu’il y a quelque chose à faire, car c’est un pays extrêmement moderne et riche. En plus, c’est une ville qui assure une sécurité totale. Il n’y a pas de viols, pas de drogues et pas de cambriolages… Alors, après une étude de marché, il décide de s’installer en Azerbaïdjan car il y a une classe aisée, mais aussi l’émergence d’une classe moyenne qui devient importante. Les restaurants et les cafés poussent comme des champignons, plus qu’à Paris. Ils ont tout au niveau alimentaire, mais il a l’idée de leur amener des produits made in France, du haut de gamme, notamment pour la fabrication des sauces. Il monte son entreprise, Mercorama. La vie est belle. Il gagne sa vie et il se fiance avec une magnifique femme. Or, comme il y a une communauté arménienne importante en France, cela influence la politique étrangère française. Le président de la République, Emmanuel Macron, a des positions pour l’Arménie et l’Azerbaïdjan bombe le torse en raison de cette situation. Martin est un chef d’entreprise, il n’a que faire de cela, il travaille dans la restauration.
Alors, que s’est-il passé l’année dernière ?
Les services secrets français viennent rendre visite à Martin Ryan l’année dernière. Ce sont deux diplomates de l’ambassade de France. Ils ont un passeport diplomatique, car il faut savoir que toutes les ambassades ont de multiples employés et certains, sous couverture diplomatique, sont des espions. Les États-Unis ont la CIA, Israël a le Mossad, la Russie a le FSB, la France a la DGSE… Ces deux personnes de la DGSE vont le voir, se présentent et lui demandent de les informer en travaillant pour eux. Martin refuse : « Cela ne m’intéresse pas, j’ai déjà un travail. » Ces gens lui répondent : « Vous n’avez pas le choix. Un accident est vite arrivé, pensez à votre père ou votre mère. Il y a des gens qui se suicident… » Ils ajoutent : « On peut couler votre société, car on peut bloquer en douane vos marchandises qui viennent de France et on peut faire de vous un clochard à Bakou. » Martin refuse une première fois. Mais la pression est permanente, comme le loup qui mord au cou de sa proie. Et il finit par céder, bien malgré lui.
Pourquoi ce chef d’entreprise dans la restauration pouvait-il être utile aux services secrets français ?
Martin Ryan distribue des produits alimentaires, des bases pour fabriquer des sauces, pour tous les restaurants de Bakou. Toutes les ambassades sont dans les capitales. Un restaurant iranien est fréquenté par les diplomates et par la communauté iranienne. Un restaurant américain est fréquenté par les employés de l’ambassade américaine. Les patrons des restaurants, qui sont les clients de Martin, deviennent ses informateurs. Par exemple, Untel est venu, voilà ce qui s’est dit à table selon le serveur, il y a peut-être eu des micros cachés sous les tables… C’est dans le dossier judiciaire, c’est Secret Défense. Au bout de quelques mois, quelqu’un a sans doute vendu la mèche. Martin Ryan est sous la surveillance des services de renseignement de l’Azerbaïdjan, il est interpellé, son portable est confisqué et épluché, et les agents tombent sur des choses visiblement accablantes. Il est en détention préventive depuis le 4 décembre. Il est accusé d’espionnage passif. Ce ne sont pas des secrets militaires, mais c’est le monde diplomatique et des affaires. L’information est toujours quelque chose de capital. Cette affaire est restée secrète jusqu’à présent. Personne n’était informé et je ne vais pas dévoiler mes sources. J’ai d’abord pris contact avec la maman de Martin, Rose, qui me supplie de ne pas dévoiler l’affaire en raison de négociations secrètes en cours. Ces négociations secrètes se terminent, non pas par l’arrestation des deux agents secrets français, parce qu’on ne peut pas les arrêter, puisque ce sont des diplomates avec l’immunité, mais par leur expulsion de l’Azerbaïdjan. La France rétorque par l’expulsion de deux diplomates d’Azerbaïdjan. C’est du tac au tac. Au milieu de tout cela, Martin Ryan, simple homme d’affaires, n’a aucune immunité diplomatique. C’est le fusible qui a sauté, victime de la politique étrangère de la France.
C’est donc un chef d’entreprise qui a été menacé dans son activité pour faire cela et qui paye maintenant les pots cassés…
C’est le fusible. Il est en prison. Il est détenu pour espionnage et il encourt une peine de 10 à 20 ans de prison. J’espère juste qu’il sera libéré en détention préventive, on peut lui confisquer son passeport et lui mettre un bracelet électronique. Mais c’est de l’ordre du judiciaire de l’Azerbaïdjan et cela ne nous regarde pas, puisque c’est un pays souverain. Ce qui me choque dans cette histoire, c’est cette volonté de ne pas en parler. Aujourd’hui, les médias en Azerbaïdjan ont découvert cette affaire, l’AFP confirme cette affaire après enquête, je leur donne les coordonnées des parents de Martin, cela devient une affaire d’État. Ce qui me scandalise, c’est que notre gouvernement ne fait rien. J’espère que notre nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, va bouger là-dessus. Avant son départ, la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a simplement demandé à l’Azerbaïdjan la libération de ce citoyen français, alors que c’est quand même elle, via son ministère et son ambassade, qui a mis cet homme dans ce piège ! L’État Français est responsable de cette situation. On a intimidé un citoyen français et on a fait pression sur sa famille. Il était sur le point de se marier et voilà où il se retrouve. Je suis en contact avec ses amis et son avocat. C’est une affaire qui devient très importante. Tous les médias commencent à en parler et j’espère que l’on va s’intéresser à cela de plus en plus. L’ambassadrice d’Azerbaïdjan en France, Leyla Abdullayeva, a réagi en faisant une déclaration à l’AFP. C’est une affaire vraiment délicate. Il a été obligé de faire quelque chose, il avait un pistolet sur la tempe. Il n’a pas fait cela par conviction.
C’est une affaire bouleversante. Si vous êtes un chef d’entreprise français dans un pays étranger et traitez vos affaires sans embêter personne, que faites-vous si les services secrets français viennent vous menacer ?
Personnellement, je serais allé voir les services secrets de l’Azerbaïdjan en leur disant : « Il y a des gens qui m’embêtent et qui me demandent cela… » On m’a déjà menacé. J’ai des procès en cours, notamment avec Anne Hidalgo. Maintenant, au bout de 52 gardes à vue, plusieurs tentatives de meurtre et un bras en moins, tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. Les êtres humains ont aussi leur sensibilité. Je n’ai rien à perdre, je suis en fin de vie, donc je n’ai rien à perdre. Personne n’est éternel. Ryan est jeune, il a toute sa vie devant lui, une famille à fonder, et, quand on lui dit que toutes ses marchandises seront bloquées en France et qu’il deviendra clochard, le monde s’effondre sous ses pieds. A-t-il bien fait de céder ? La question ne se pose même plus, avec la situation dans laquelle il se trouve. Croyez-moi, la prison des services secrets de l’Azerbaïdjan, ce n’est pas le quartier VIP de la Santé. On verra la suite de cette affaire. Il faut une mobilisation populaire. La seule possibilité serait que le président de l’Azerbaïdjan décide de le gracier.