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Cessez-le-feu temporaire, risques persistants : une nouvelle réalité au Moyen-Orient-ANALYSE

Cessez-le-feu temporaire, risques persistants : une nouvelle réalité au Moyen-Orient-ANALYSE
# 09 avril 2026 12:22 (UTC +04:00)

Les affrontements militaires récents entre les États-Unis, Israël et l’Iran ont profondément modifié l’environnement sécuritaire dans la région et ont marqué une nouvelle phase de tension au Moyen-Orient. Les frappes réciproques, les bombardements à grande échelle et l’implication de divers acteurs ont élargi la géographie du conflit. Bien que le cessez-le-feu obtenu ait apporté un calme relatif, la nature de la situation complexe dans la région et les perspectives d’évolution future restent incertaines. Dans ce contexte, l’évaluation des événements tant sur le plan militaire que politique, ainsi que l’analyse comparative des positions des principaux acteurs, revêt une importance particulière.

Des frappes militaires au cessez-le-feu : le paysage stratégique du conflit

Le président de l’Institut de politique mondiale des États-Unis et professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université Bay Atlantic, Paolo von Schirach, a déclaré à l’APA qu’aujourd’hui, au Moyen-Orient, il semble qu’une nouvelle page se soit ouverte dans un conflit très difficile et presque catastrophique. Il a ajouté que ce conflit avait commencé par une vaste campagne de bombardements menée de manière coordonnée par les forces aériennes d’Israël et des États-Unis.

Paolo von Schirach on highlights of 2019 UN General Assembly

Selon le politologue, il semblait au départ que l’objectif était de « décapiter » le régime iranien, c’est-à-dire d’éliminer la direction : « Le premier jour du conflit, le guide suprême iranien, Seyyed Ali Khamenei, aurait été tué à la suite d’un bombardement ciblé mené par Israël et les États-Unis, et en plus de lui, de nombreux hauts responsables iraniens, environ 40 à 50 personnes, ont également perdu la vie. Il s’agissait en fait de l’élite dirigeante du pays, et à ce moment-là, il y avait l’espoir que la perte de dirigeants de si haut niveau plongerait le régime dans la confusion et pourrait potentiellement le faire s’effondrer. »

Paolo von Sirac a déclaré que ce scénario ne s’est pas réalisé. Même si, dans les étapes suivantes, d’autres hauts responsables ont continué à être tués, cela n’a pas conduit à l’effondrement du régime.

L’expert estime que cette situation démontre les capacités avancées du renseignement américain et israélien : « Leur connaissance des mouvements et de la localisation exacte de la direction iranienne est vraiment remarquable. »

L’analyste a ajouté que des actions avaient également été menées pour détruire systématiquement des composantes importantes du potentiel militaire iranien, notamment des missiles, des dépôts de missiles, des installations de lancement et d’autres infrastructures militaires, ce qui a entraîné des pertes importantes pour l’Iran.

Par ailleurs, il a souligné que la campagne de bombardements a provoqué des ripostes iraniennes. L’Iran a lancé des frappes de missiles et de drones sur les bases militaires américaines situées dans les pays du Golfe et, de manière générale, sur des États considérés comme alliés des États-Unis, élargissant ainsi la géographie du conflit.

Paolo von Sirac a souligné que l’autre question importante concerne le détroit d’Hormuz. Un cessez-le-feu a déjà été convenu entre les parties, ce qui est remarquable : « Car peu avant le cessez-le-feu, les États-Unis avaient annoncé qu’ils allaient mener de vastes frappes contre les infrastructures critiques de l’Iran, notamment les centrales électriques. Cela aurait pu provoquer un chaos important dans le pays et affecter gravement la population civile. »

L’expert a indiqué que l’avenir des accords éventuels reste incertain, mais qu’un accord concernant le détroit d’Hormuz est indispensable : « Si l’Iran maintient le contrôle de ce détroit et exige un paiement pour le passage de tous les navires commerciaux, pétroliers et autres cargaisons, cela compliquerait encore la situation et serait très probablement inacceptable pour Washington. »

Selon Paolo von Schirach, il n’est pas encore clair quel compromis pourra être trouvé : « Les deux parties veulent mettre fin au conflit, mais il n’est pas évident de savoir laquelle y est la plus intéressée. D’un côté, Israël et les États-Unis, de l’autre, l’Iran. Les pays du Golfe ne sont pas de simples observateurs, car leur position géographique et leur soutien militaire aux États-Unis les impliquent dans le conflit. »

L’expert a particulièrement souligné l’importance des installations militaires situées dans des pays comme le Gatar et Bahreïn à cet égard.

Enfin, Paolo von Schirach a souligné que la durabilité de ce cessez-le-feu et sa capacité à conduire à une paix à long terme restent incertaines : « Les relations entre les États-Unis et l’Iran sont extrêmement tendues et il n’y a pas de confiance mutuelle. À Washington, l’opinion largement répandue est que le pouvoir à Téhéran est composé de forces radicales prêtes à nuire à l’Occident, en particulier aux États-Unis et à Israël. »

Il a ajouté qu’il est trop tôt pour dire si une paix réelle est possible. Cependant, selon lui, le fait qu’un cessez-le-feu ait été obtenu, au lieu de l’escalade promise par Donald Trump, peut être considéré comme un développement positif.

Solidarité et inquiétude à l’intérieur de l’Iran : comment la société perçoit le cessez-le-feu

L’analyste politique iranien Peyman Salehi a déclaré à APA que, sur une période de 40 jours, une dynamique interne différente de celle des périodes précédentes s’était formée. Selon lui, contrairement aux phases précédentes où les manifestations et les divisions sociales étaient plus marquées, cette fois-ci, une large solidarité au sein de la société a été observée.

Authors: Peiman Salehi | New Internationalist

L’analyste a noté que, durant cette période, différentes couches de la société, malgré leurs divergences d’opinion et de position politique, se sont unies autour d’une position commune en considérant la défense du pays comme une priorité. Selon lui, la formation de cette solidarité est directement liée au déclenchement du conflit et à la perception publique.

Selon Salehi, une partie importante de la société iranienne estime que, lors de deux étapes distinctes – au moment où les négociations entre l’Iran et les pays occidentaux se poursuivaient – les attaques contre le pays ont eu un impact significatif sur l’opinion publique. En conséquence, l’attention de la société s’est davantage concentrée sur la menace extérieure et les questions nationales que sur les conflits internes.

Selon lui, dans un tel contexte, même les personnes adoptant une position critique sur la politique intérieure montrent une approche différente face à la menace extérieure et manifestent une certaine unité nationale. L’analyste a souligné que le soutien observé pendant cette période ne signifie pas un accord complet sur la politique intérieure, mais doit être interprété comme un réflexe de défense face à une menace externe.

Peyman Salehi a ajouté que, malgré cette solidarité, la société reste confrontée à des inquiétudes importantes. Il a indiqué qu’une partie significative de la population se demande pourquoi le cessez-le-feu a été annoncé précisément à ce moment.

Selon l’analyste, la principale inquiétude concerne la réouverture du détroit d’Hormuz par l’administration précédente. Cette situation pourrait permettre la libre circulation des navires appartenant aux alliés de l’Occident, ce qui risquerait d’affaiblir l’un des principaux leviers de pression de l’Iran.

Il a ajouté que les déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, concernant la perception de taxes sur les navires traversant le détroit d’Hormuz ont partiellement apaisé cette inquiétude, mais que les doutes persistent dans la société.

Salehi a également souligné qu’une autre préoccupation majeure concerne la durabilité du cessez-le-feu. Selon lui, les expériences passées renforcent l’idée que cet accord pourrait ne pas être durable.

L’analyste a précisé que les événements récents dans la région, notamment les attaques d’Israël contre le Liban, augmentent le risque d’une nouvelle escalade, ce qui approfondit encore les inquiétudes publiques.

Selon lui, l’approche dominante dans la société est que le cessez-le-feu n’est acceptable que si les conditions posées par l’Iran sont respectées. Ces conditions incluent notamment la levée complète des sanctions imposées ces dernières années et la protection et le renforcement des leviers économiques tels que le détroit d’Hormuz.

Salehi a souligné qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur ce cessez-le-feu, car sa mise en œuvre dépend fortement de la manière dont les conditions posées par l’Iran seront favorables au pays, et des doutes subsistent quant à leur réalisation complète.

L’analyste a ajouté que, notamment en raison des expériences passées avec les négociations avec les États-Unis, la société adopte une approche prudente quant à la durabilité et à la mise en œuvre des accords.

En conclusion, Peyman Salehi a indiqué que l’opinion générale formée au sein de la société pourrait être qualifiée de réalisme prudent. Selon lui, au mieux, seule une partie des conditions – environ six ou sept points – devrait être mise en œuvre de manière pratique.

L’analyste estime donc que le cessez-le-feu actuel est perçu par beaucoup non pas comme un résultat final, mais comme une étape temporaire dépendant des résultats concrets à venir.

La vision sécuritaire d’Israël et la sensibilité économique de la région

L’analyste politique israélien Yuri Boçarov a déclaré que le cessez-le-feu conclu entre les États-Unis, Israël et l’Iran ne doit pas être considéré comme une solution complète aux conflits profondément enracinés dans la région, mais plutôt comme une mesure temporaire de stabilisation.

Many external forces stand against peace between Azerbaijan and Armenia:  Israeli political scientist | News.az

Bocharov a déclaré à l’APA que la situation au Moyen-Orient doit être analysée non seulement à travers les positions des parties principales, mais également dans un cadre large et multidimensionnel tenant compte des intérêts des acteurs étrangers ayant des enjeux significatifs dans la région.

Selon lui, le cessez-le-feu reflète des priorités différentes parmi les principales parties. Pour les États-Unis, cet accord vise principalement à maintenir la stabilité politique intérieure et à réduire les coûts d’un engagement militaire étranger à long terme. Pour Israël, l’accent est mis sur la sécurité nationale et le maintien de la dissuasion stratégique, en particulier face aux menaces persistantes.

Bocharov a souligné que les pays du Moyen-Orient abordent la situation davantage sous un angle économique, donnant la priorité à la stabilité des marchés énergétiques et à la sécurité des principaux corridors de transit. Quant aux acteurs étrangers, ils se concentrent principalement sur la minimisation des risques pour les marchés mondiaux, notamment dans les secteurs de l’énergie et du transport.

« Dans ce contexte, le cessez-le-feu ne constitue pas une solution définitive, mais plutôt un instrument de stabilisation temporaire », a-t-il indiqué, ajoutant que cet accord offre certaines marges de manœuvre diplomatique mais ne résout pas les contradictions fondamentales du conflit.

L’analyste a également noté qu’en Israël, cet accord a été accueilli avec prudence, et dans certains cas avec critique, au sein des cercles politiques et sécuritaires. Il a souligné que plusieurs objectifs définis avant l’escalade n’ont pas encore été atteints, notamment la limitation du programme nucléaire iranien, la réduction des menaces de missiles balistiques et l’arrêt du soutien de Téhéran à des acteurs non étatiques alliés tels que le HAMAS et le Hezbollah.

Bocharov a également mentionné que les tensions militaires persistent au Liban et que des affrontements avec le Hezbollah se produisent encore, soulignant que la période d’escalade n’est pas encore totalement sous contrôle.

Par ailleurs, selon lui, les décisions stratégiques d’Israël dépendent fortement de ses relations avec les États-Unis, notamment en matière d’approvisionnement militaire, de soutien technologique et de coordination opérationnelle, et cette interdépendance joue un rôle clé dans la formation de l’approche du cessez-le-feu.

« La situation actuelle est perçue davantage comme une pause temporaire influencée par des facteurs politiques étrangers que comme un règlement durable », a-t-il ajouté.

Bocharov a également souligné que la situation dans la région est extrêmement volatile et que les événements évoluent rapidement et de manière imprévisible, ce qui rend les prévisions à court et à long terme incertaines.

Enfin, l’analyste a déclaré que ce cessez-le-feu ne doit pas être considéré comme une conclusion finale, mais comme une étape d’un affrontement stratégique en cours et encore non résolu, et que l’incertitude demeure quant à la trajectoire future du conflit.

Conclusion

Failure of US‑Iran talks was all‑too predictable – but Trump could still  have stuck with diplomacy over strikes : r/geopolitics

Les trois approches présentées montrent que le cessez-le-feu actuel n’est pas une solution à la crise régionale, mais seulement sa prochaine étape. Dans l’évaluation de Paolo von Schirach, l’accent est mis sur l’ampleur de la campagne militaire, sur la cible que représentent la direction iranienne et l’infrastructure militaire, ainsi que sur la question du contrôle du détroit d’Hormuz, qui pourrait devenir l’un des principaux facteurs de tension future. Selon lui, malgré les frappes militaires importantes, l’objectif stratégique initial – le changement de régime ou l’effondrement du système – n’a pas été atteint, ce qui montre que le conflit a pris un caractère plus complexe et de longue durée.

L’approche de Peyman Salehi met en avant la manière dont le conflit est perçu à l’intérieur de l’Iran. Son analyse montre que la menace d’une attaque extérieure a relégué les divisions politiques internes au second plan, créant une unité nationale. Cette unité n’est toutefois pas un soutien inconditionnel, mais une réaction défensive face à la menace étrangère. Les préoccupations soulignées par Salehi – en particulier le statut du détroit d’Hormuz, la levée des sanctions et la fiabilité du cessez-le-feu – révèlent que l’approche prudente et sceptique reste fortement présente dans la société iranienne.

Yuri Bocharov, quant à lui, évalue le cessez-le-feu dans le cadre de l’architecture de sécurité d’Israël et, plus largement, de la région. Selon lui, le problème principal pour Israël n’a pas disparu, car les inquiétudes concernant le programme nucléaire iranien, le potentiel balistique et l’influence régionale demeurent. Par ailleurs, le fait que les pays du Moyen-Orient abordent la question principalement sous l’angle de la sécurité économique et du transit confirme que le conflit reste non seulement un risque militaire, mais aussi un facteur de risque pour le système mondial de l’énergie et du transport.

Ainsi, en combinant les avis des trois experts, il apparaît que le cessez-le-feu, qui a créé une certaine stabilité relative dans la région, n’est pas une formule de paix durable. La méfiance profonde entre les parties persiste, les principaux désaccords stratégiques ne sont pas résolus, il n’existe pas de mécanisme clair pour les questions clés comme le détroit d’Hormuz, et les foyers de tension régionaux parallèles demeurent. Par conséquent, l’accord actuel doit être considéré non pas comme un résultat final, mais comme une étape temporaire et fragile qui déterminera la direction des développements futurs.

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