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Ambassadrice : Malgré les périodes difficiles, la France et l’Azerbaïdjan ont toujours maintenu un dialogue de haut niveau – INTERVIEW

Mme Sophie Lagoutte, nouvelle ambassadrice de la République française en Azerbaïdjan

© APA | Mme Sophie Lagoutte, nouvelle ambassadrice de la République française en Azerbaïdjan

# 18 novembre 2025 16:23 (UTC +04:00)

Interview de Mme Sophie Lagoutte, nouvelle ambassadrice de la République française en Azerbaïdjan accordée à l'APA

Les présidents Ilham Aliyev et Emmanuel Macron ont défini une orientation positive dans les relations entre la France et l’Azerbaïdjan

– Madame l’Ambassadrice, lors de la présentation de vos lettres de créance au président Ilham Aliyev le 16 octobre, le chef de l’État azerbaïdjanais a rappelé sa rencontre à Copenhague avec le président français Emmanuel Macron, soulignant qu’à la suite de cet entretien, les questions qui avaient provoqué des malentendus entre nos pays appartiennent désormais au passé. Nous serions également très intéressés par votre point de vue. Comment évaluez-vous l’état actuel des relations entre nos deux pays ?

– Les présidents Ilham Aliyev et Emmanuel Macron ont effectivement défini une orientation positive dans les relations entre la France et l’Azerbaïdjan. Ces dernières semaines, mes échanges avec divers partenaires azerbaïdjanais ont confirmé la volonté partagée de renforcer les relations dans cette direction et de discuter des mesures concrètes à prendre à cette fin.

Malgré des périodes difficiles, nous avons toujours maintenu un dialogue de haut niveau et une coopération active, allant de l’éducation aux domaines économiques. Cette nouvelle dynamique prometteuse crée les conditions pour relancer divers programmes de coopération et explorer de nouveaux partenariats. C’est précisément la “feuille de route” qui se présente à moi, et j’attends avec impatience de la mettre en œuvre avec les partenaires azerbaïdjanais.

Les deux pays ont exprimé clairement leur volonté d'entretenir une coopération forte

– Quelles priorités la France a-t-elle définies pour rétablir les relations à leur niveau antérieur et renforcer la coopération bilatérale ?

– Les deux pays ont exprimé clairement leur volonté d'entretenir une coopération forte. Cette coopération peut s’appuyer sur les relations établies depuis de nombreuses années dans de nombreux domaines.

En 2026, le 10ᵉ anniversaire de l’Université franco-azerbaïdjanaise sera célébré, et nous souhaitons renforcer notre partenariat dans le domaine de l’éducation afin d’offrir davantage de possibilités aux jeunes Azerbaïdjanais d’étudier en France ou d’apprendre la langue française à l’Institut français, ainsi que dans les écoles ou universités locales.

Nous examinons également les moyens de développer les relations économiques et les investissements réciproques. L’énergie et les transports constituent depuis longtemps des secteurs clés pour la connectivité. Soutenir la transition « verte » — notamment par le développement des énergies renouvelables et de l’urbanisme durable, la modernisation du secteur agro-alimentaire et le potentiel de développement du tourisme — ouvre des perspectives intéressantes tant pour le renforcement des relations bilatérales que pour la diversification économique de l’Azerbaïdjan.

En outre, nous devons aussi renouveler notre coopération en matière de sécurité afin de mieux faire face aux menaces mondiales telles que le terrorisme et le trafic de drogues, et de contribuer à la paix et à la stabilité régionales.

La France a toujours soutenu pleinement et constamment le processus de paix et la normalisation des relations entre Bakou et Erevan

– Quelle est la position de la France sur les négociations en cours entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ?

– Je me réjouis profondément d’être témoin du processus de paix en cours entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie après des années de conflit. La France a toujours pleinement et constamment soutenu le processus de paix et la normalisation des relations entre Bakou et Erevan. La rencontre qui s’est tenue le 8 août à Washington a donné une impulsion décisive à ce processus. La reconnaissance mutuelle de l’intégrité territoriale, fondée sur la Déclaration d’Almaty de 1991, constitue l’un des points essentiels que la France a toujours soulignés.

Les négociations de paix commencent déjà à porter leurs fruits à travers des mesures concrètes qui profiteront directement aux deux pays. Par exemple, la levée des restrictions sur le transport de céréales à destination de l’Arménie via le territoire de l’Azerbaïdjan.

Nous espérons que la signature d’un accord de paix permettra de finaliser rapidement ce processus positif et de favoriser, grâce à l’ouverture des frontières, un approfondissement de la coopération régionale et de la connectivité.

Le “Route Trump” répond aux intérêts de l’Azerbaïdjan comme de l’Arménie

– Que pensez-vous de l’importance du “Route Trump” ?

– Le projet TRIPP a le potentiel de jouer un rôle décisif dans le développement de la connectivité dans le Caucase du Sud et il répond aux intérêts tant de l’Azerbaïdjan que de l’Arménie.

Ce projet correspond également à nos intérêts, car il ouvre un itinéraire supplémentaire entre l’Europe et l’Asie, dont tous pourraient bénéficier. Avec l’Union européenne, nous sommes prêts à soutenir cet agenda de connectivité qui relie le projet TRIPP à une région plus vaste. La finalisation des détails du projet permettra de lancer rapidement une telle coopération.

Dans le contexte de la normalisation des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, quels changements peut-on attendre dans la politique de la France envers le Caucase du Sud ?

– Les avancées dans le processus de paix ouvrent de nouvelles opportunités pour la stabilité et la coopération régionales. Nous souhaitons saisir cette occasion pour consolider cette dynamique positive et apporter des bénéfices concrets aux peuples du Caucase du Sud.

Les rencontres de haut niveau entre Bakou et Erevan sont désormais plus fréquentes et produisent des résultats réels

– En parlant de normalisation, les structures du processus de Minsk de l’OSCE cesseront leurs activités d’ici le 1er décembre. La France, en tant que l’un des co-présidents du Groupe de Minsk, a longtemps participé à ce processus. Quelle est la position officielle de Paris concernant la clôture du processus de Minsk ?

– Après l’accord préliminaire sur un traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan lors de la rencontre du 8 août à Washington, nous avons immédiatement soutenu la décision de mettre fin aux activités du Groupe de Minsk.

Le but de la médiation internationale est de conduire les parties vers un dialogue direct, et nous sommes heureux de constater que les rencontres de haut niveau entre Bakou et Erevan sont aujourd’hui plus fréquentes et donnent des résultats concrets.

Nous continuerons à soutenir ce processus en tant que partenaire, afin de faire avancer l’agenda de la paix dans la région.

Les entreprises françaises sont présentes en Azerbaïdjan depuis longtemps

– Madame l’Ambassadrice, lors de la présentation de vos lettres de créance au Président d’Azerbaïdjan, la question des visites mutuelles de délégations d’affaires et de la participation d’entreprises françaises à divers projets avait également été évoquée. Les entreprises françaises ont-elles présenté des propositions pour participer à la reconstruction des territoires azerbaïdjanais libérés de l’occupation ?

– Les entreprises françaises sont actives en Azerbaïdjan depuis longtemps et possèdent une expertise dans des secteurs stratégiques tels que le pétrole et le gaz, l’aviation, l’espace ou encore le transport ferroviaire. La stabilisation de la région et les enjeux de connectivité suscitent un grand intérêt de la part des entreprises françaises, dont beaucoup disposent d’un large savoir-faire pouvant être utile à l’Azerbaïdjan. Lorsque les conditions seront réunies, j’espère encourager les visites de délégations d’affaires en Azerbaïdjan et explorer les possibilités d’investissements mutuels.

La France a mené une coopération efficace avec l’Azerbaïdjan dans le domaine du déminage

– La France continue-t-elle d’apporter son soutien à l’Azerbaïdjan dans le processus de déminage ?

– La France a mené une coopération efficace avec l’Azerbaïdjan dans le domaine du déminage et elle a toujours exprimé sa disponibilité à fournir son aide si la partie azerbaïdjanaise en ressent le besoin.

Dans un contexte de tensions, les investissements directs de la France en Azerbaïdjan ont-ils diminué ?

– Comme je l’ai souligné, les entreprises françaises sont des partenaires de longue date et fiables. Elles ne se contentent pas de signer des contrats commerciaux pour la fourniture d’équipements, elles investissent réellement en Azerbaïdjan, y ont établi une représentation permanente et investissent également dans le capital humain – notamment via des bourses et programmes de formation pour les ingénieurs et techniciens hautement qualifiés.

En conséquence, les entreprises françaises continuent de soutenir les priorités stratégiques de l’Azerbaïdjan, telles que l’utilisation efficace des ressources énergétiques, la diversification de la croissance économique et la modernisation des infrastructures.

L’Union européenne est un partenaire stratégique en matière de stabilisation régionale et de connectivité

En tant que l’un des principaux États de l’Union européenne, quelle contribution la France peut-elle apporter au renforcement des relations Azerbaïdjan–UE, y compris à la finalisation rapide des négociations sur le nouvel accord entre l’Azerbaïdjan et l’UE ?

– Nous soutenons le renforcement des liens entre l’Azerbaïdjan et l’Union européenne. Ces relations se sont déjà développées à un niveau élevé dans de nombreux domaines. J’ai personnellement participé à deux récents événements européens – “Le goût de l’Europe” et le programme “Étude en Europe” – qui ont suscité un grand intérêt parmi les Azerbaïdjanais, notamment les jeunes.

L’Union européenne est un partenaire stratégique pour la stabilisation de la région et pour la connectivité. J’espère que cette ambition se traduira concrètement par des projets et des opportunités réelles.

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