Interview de l’ambassadeur de la République islamique d’Iran en Azerbaïdjan, Mojtaba Demirchilou, à APA
Aujourd’hui, l’Iran a montré que toute partie qui porterait atteinte à son territoire ou à ses intérêts paiera un prix plus lourd qu’elle ne l’imagine
– Monsieur l’Ambassadeur, immédiatement après l’annonce du cessez-le-feu, les deux parties – les États-Unis et l’Iran – ont affirmé avoir remporté la victoire. Quels sont vos arguments pour expliquer la victoire de l’Iran dans cette guerre ?
– Pour évaluer une victoire, il faut prendre en compte certains critères. Aucun des objectifs avancés par les forces agressives n’a été atteint, et vous avez vu qu’elles faisaient chaque jour des déclarations contradictoires. Au début, elles affirmaient que leurs objectifs étaient le changement de régime, la destruction du potentiel nucléaire de l’Iran, la neutralisation de ses capacités de défense, la prise de l’île de Khark, l’ouverture du détroit d’Ormuz, qui était déjà ouvert avant la guerre, etc. Tout cela montre des contradictions dans leurs objectifs. À ce jour, aucun de ces objectifs n’a été réalisé.
Pour nous, la victoire ne réside pas dans les slogans, mais dans la mise en œuvre des principes que nous défendons. Aujourd’hui, l’Iran a démontré que toute partie qui s’attaque à son territoire ou à ses intérêts devra payer un prix plus élevé qu’elle ne le pense. Cet élément, ainsi que la préservation de la structure du pouvoir et même le renforcement des capacités de défense pendant les combats, peuvent être considérés comme des indicateurs majeurs de victoire. On peut affirmer avec certitude qu’aujourd’hui l’Iran est plus fort qu’au début de la guerre et, malgré les pertes humaines et matérielles, il conserve également de nouveaux leviers, comme le détroit d’Hormuz.
Contrairement à la propagande occidentale affirmant que l’Iran est isolé, une telle situation ne s’est pas produite pendant cette crise. Au contraire, grâce à une diplomatie régionale active, Téhéran a montré que les processus dans la région ne peuvent aboutir sans la participation de l’Iran. À cet égard, l’acceptation du cessez-le-feu par la partie adverse peut être considérée comme un signe de l’échec de l’option militaire visant à modifier le comportement de l’Iran.
– D’autre part, on ne peut ignorer les pertes lourdes et la mort de figures politiques et militaires importantes. Pensez-vous que cela ne jette pas une ombre sur la victoire proclamée par l’Iran ?
– Pour répondre à cette question, il faut distinguer entre le « coût de la guerre » et les « résultats stratégiques ». Aucune grande victoire n’est obtenue sans sacrifices, et cette réalité s’est vérifiée dans tous les grands conflits de l’histoire. Du point de vue de la République islamique d’Iran, l’assassinat de figures connues n’est pas perçu comme un signe de faiblesse, mais dans une interprétation différente de la force. En effet, l’élimination physique d’individus, au lieu de provoquer un effondrement, a souvent conduit à un renforcement de l’unité interne et à l’émergence de nouvelles générations politiques et militaires poursuivant la même voie avec une motivation accrue.
En même temps, la structure du pouvoir en Iran repose non pas sur des individus, mais sur un cadre institutionnel et une doctrine nationale. Ainsi, malgré les pertes humaines et la disparition de certaines figures clés, les processus fondamentaux dans les domaines de la défense, du nucléaire et de la politique régionale ne se sont pas arrêtés. Cette continuité constitue un indicateur important dans l’évaluation des résultats stratégiques.
Par ailleurs, le recours au terrorisme et le ciblage de personnalités politico-militaires sont considérés dans la rhétorique officielle iranienne comme un signe d’impuissance dans une confrontation directe. Selon Téhéran, de telles actions peuvent renforcer la position juridique et éthique de l’Iran sur la scène internationale, tout en remettant en question l’image de la partie adverse.
Sur cette base, bien que les pertes humaines importantes soient indéniables, dans ce cadre analytique, elles sont considérées comme faisant partie du chemin vers la préservation de l’indépendance nationale et de la puissance, et ne jettent pas nécessairement une ombre sur la notion de « victoire ».

Cet ensemble d’attaques a montré que les missiles et les drones de production locale de l’Iran peuvent franchir des systèmes de défense multicouches
– L’armée iranienne a mené 100 vagues d’attaques aériennes contre Israël et des bases américaines dans la région. Les objectifs fixés ont-ils été pleinement atteints lors de ces attaques ?
– L’évaluation de ces opérations ne repose pas uniquement sur l’ampleur des destructions physiques, mais plutôt sur une analyse dans le cadre des objectifs stratégiques définis. À cet égard, l’un des objectifs les plus importants était d’ébranler la perception de « l’invulnérabilité » des systèmes avancés de défense aérienne. L’ensemble de ces attaques a montré que les missiles et les drones de production nationale de l’Iran peuvent franchir des systèmes de défense multicouches. Cela est considéré comme un succès stratégique et pourrait renforcer les capacités défensives de l’Iran dans de futurs conflits.
Par ailleurs, ces attaques visaient également divers objectifs, notamment porter atteinte aux capacités de communication et de commandement-contrôle. De plus, les centres militaires, de renseignement et de logistique considérés comme des sources de menace figuraient parmi les principales cibles de ces opérations. Selon cette évaluation, les frappes menées ont, dans certains cas, pu affecter les activités opérationnelles de la partie adverse.
– Comme l’a également indiqué le ministre iranien des Affaires étrangères, le cessez-le-feu inclurait, outre les États-Unis, le Liban. Si Israël ne met pas fin à ses attaques contre le Liban, existe-t-il une possibilité que l’Iran se retire de l’accord de cessez-le-feu ?
– Oui, les questions régionales, y compris le Liban, ont été explicitement prises en compte dans l’accord de cessez-le-feu. Cette question a également été clairement mentionnée dans la déclaration publiée par le Premier ministre du Pakistan. La sécurité régionale est de nature interdépendante, et le cessez-le-feu est évalué non pas comme un simple accord bilatéral limité, mais comme une partie d’un processus plus large visant à réduire les tensions dans l’ensemble de la région, y compris au Liban. Dans ce contexte, la poursuite d’éventuelles attaques contre le Liban pourrait être considérée comme une violation de cet accord.

- Si les négociations tenues à Islamabad échouent et que la reprise des opérations militaires revient à l’ordre du jour, l’Iran a-t-il la capacité de poursuivre ses attaques contre les États-Unis et Israël ?
- L’évaluation de cette question se fait dans le cadre des capacités nationales et des calculs stratégiques. Selon la vision de Téhéran, le potentiel de défense du pays repose sur la production locale et les infrastructures internes, ce qui est considéré comme l’un des principaux facteurs garantissant la durabilité dans tout scénario de confrontation. S’appuyer sur les ressources internes permet non seulement de réduire la dépendance extérieure, mais aussi de gérer la situation sur le long terme et d’accroître la flexibilité stratégique du pays.
L’approche de l’Iran ne se limite pas à la dissuasion ; elle inclut également la possibilité d’ajuster et d’intensifier le niveau de réponse en fonction de l’évolution de la situation. Toutefois, cet élément ne doit pas être interprété comme une volonté d’escalade, mais plutôt comme un moyen d’envoyer des messages dissuasifs et de prévenir l’extension du conflit dans le cadre de la gestion de crise.
Du point de vue opérationnel, la présence militaire des États-Unis dans la région s’accompagne de certaines limitations et vulnérabilités, qui sont prises en compte dans les calculs stratégiques. Par ailleurs, toute décision concernant une action militaire sera prise en tenant compte de plusieurs facteurs, notamment les coûts, les conséquences régionales et le contexte international.
Nous n’avons jamais déclenché de guerre : que ce soit en juin ou le 28 février, nous avons été attaqués en plein milieu des négociations. Actuellement, malgré le manque de confiance envers la partie adverse, nous sommes prêts à négocier, tout en renforçant notre capacité de défense. Comme lors du dernier conflit, la puissance défensive de l’Iran était supérieure à celle de juin, et en cas de nouvelle guerre, l’Iran répondra sans aucun doute de manière plus ferme.