C’est trois fois plus que les chiffres donnés cet été par le gouvernement américain. D’après une enquête du Washington Post publiée le 22 décembre, au moins 3104 enfants autochtones, arrachés à leur tribu et placés dans des pensionnats afin de leur assimiler la culture américaine, sont décédés. Dans ces établissements qui ont existé entre 1828 et 1970 et dont certains étaient religieux, beaucoup d’enfants ont subi des violences physiques, psychologiques ou sexuelles, selon un récent rapport gouvernemental qui estimait à au moins 973 le nombre d’élèves y ayant perdu la vie.
Ces pensionnats «n’étaient pas des écoles» mais «des camps de prisonniers, des camps de travail», pour Judi Gaiashkibos, directrice de la commission du Nebraska consacrée aux Amérindiens, interrogée par le journal et dont certains proches y avaient été envoyés, rapporte l'APA.
Ces écoles faisaient partie d’un système tentaculaire de plus de 400 établissements, tous créés par le gouvernement américain mais aussi en partenariat avec des églises, des ordres religieux et des groupes missionnaires. Ils ciblaient les enfants amérindiens, autochtones de l’Alaska et hawaïens pour les «américaniser». Le Washington Post avait déjà rapporté en mai 2024 que plus d’un millier d’enfants avaient été victimes d’abus sexuels commis par des prêtres, des sœurs et des frères catholiques dans de nombreux pensionnats de ce type.
«Maladies infectieuses, malnutrition, accidents»
Selon les «centaines de milliers» de documents consultés par le quotidien pendant une année, les plus fréquentes causes de décès comprenaient notamment «des maladies infectieuses, de la malnutrition et des accidents». Or des dizaines d’élèves amérindiens ont péri dans des circonstances suspectes, poursuit l’article «et dans certains cas, les documents montrent des indications d’abus ou de mauvais traitement qui ont probablement entraîné la mort des enfants». Il cite le cas d’un garçon de dix ans «abattu par balle» et d’une fillette «tombée d’une fenêtre» de manière suspecte.
Le Washington Post indique également que les enfants étaient souvent frappés et punis très sévèrement s’ils ne se pliaient pas aux règles des écoles, qui leur interdisaient notamment de parler leur langue natale. «Des numéros et des noms anglicisés étaient attribués aux enfants», indique le journal. «Leurs longs cheveux étaient coupés, et la moindre infraction était souvent sanctionnée par des coups de fouet, l’interdiction de manger ou encore une mise à l’isolement. Les enfants souffraient d’une solitude et d’une peur extrêmes».
En plus de révéler des chiffres édifiants quant aux violences subies par ces jeunes, le Washington Post rapporte que suite à leur décès, au moins 800 de ces enfants ont été enterrés dans des cimetières près de leur pensionnat, et que leur corps n’ont pas été renvoyés à leur famille.
Davantage de victimes ?
Plusieurs historiens interrogés par le quotidien américain déclarent que ces chiffres sont encore sous-estimés. Par exemple Preston McBride, un historien de l’université de Pomona qui a consacré sa thèse à quatre des plus grands pensionnats indiens, estime que le nombre de décès pourrait s’élever à près de 40.000. Il considère que ces chiffres exorbitants «étaient tolérés comme un dommage collatéral acceptable dans le cadre de l’effort plus large du gouvernement pour éradiquer les Indiens et confisquer leurs terres».
Fin octobre, le président américain Joe Biden avait présenté des excuses aux peuples amérindiens, qualifiant ces atrocités de «péché qui entache notre âme». Au cours de son mandat, le gouvernement de Joe Biden a mis en place une série de mesures afin de soutenir les nations amérindiennes et améliorer leurs relations avec l’État fédéral. Au cours de son enquête, le Washington Post a par exemple pu assister à la restitution de trois corps d’enfants amérindiens enterrés près de leur école à leur tribu.
Aux États-Unis, les réserves aujourd’hui administrées par les Amérindiens sont majoritairement pauvres, avec des taux de suicides et d’overdoses élevés. Le Canada, qui avait la même pratique de pensionnats pour jeunes autochtones, a également reconnu ses torts cette année, alors que les derniers chiffres gouvernementaux estiment à 4100 le nombre d’enfants y ayant péri.
AFP