Des militaires français sont montés à bord du pétrolier de la flotte fantôme russe "arraisonné samedi" au large du parc éolien de Saint-Nazaire, et deux membres d'équipage sont en garde à vue. Depuis Copenhague, Emmanuel Macron a évoqué des "fautes très importantes commises" par l'équipage, tout en restant prudent sur son éventuelle implication dans un récent survol de drones au Danemark.
Un pétrolier de la flotte fantôme russe, immobilisé au large de Saint-Nazaire et soupçonné d'être impliqué dans un survol de drones au Danemark, a commis des "fautes très importantes", a déclaré mercredi 1er octobre Emmanuel Macron, alors que la justice française a ouvert une enquête judiciaire à son encontre.
"Il y a eu des fautes très importantes qui ont été commises par cet équipage, qui justifient d'ailleurs que la procédure soit judiciarisée aujourd'hui", a réagi le président français, sans plus de détails, en marge d'un sommet européen à Copenhague.
À la suite d'un signalement de la Marine nationale, la justice a ouvert une enquête pour "défaut de justification de la nationalité du navire/pavillon" et "refus d'obtempérer", a indiqué de son côté à l'AFP le procureur de Brest, Stéphane Kellenberger.
Des militaires français à bord
Des militaires français sont montés à bord, ont constaté mercredi après-midi des journalistes de l'AFP ayant survolé le navire. En treillis et cagoulés, ils patrouillaient sur le pont du bateau. Deux membres d'équipage ont depuis été placés en garde à vue.
Le navire a été "arraisonné samedi dernier" et une "équipe de visite est montée à bord", a précisé une source militaire à l'AFP.
Baptisé "Pushpa" ou "Boracay", le navire de 244 mètres de long, battant pavillon du Bénin, est sous sanctions européennes pour son appartenance à la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole.
Il est par ailleurs soupçonné d'être impliqué dans de récents survols de mystérieux drones qui ont perturbé le trafic aérien danois, selon le site spécialisé The Maritime Executive, selon qui le navire a pu servir de "plateforme de lancement" ou comme "leurre". Interrogé sur ce point, le président français a cependant appelé à rester "très prudent".
Ces survols ont mis le Danemark, qui accueille mercredi un sommet de l'Union européenne et jeudi un sommet européen élargi, sous forte pression, de même que l'Europe confrontée à des tensions croissantes avec la Russie.
Leur origine reste jusqu'à présent inconnue, mais les autorités danoises n'ont pas tardé à incriminer la Russie, déjà accusée d'être derrière l'incursion d'une vingtaine de drones dans le ciel polonais début septembre et de trois avions de combat dans l'espace aérien estonien quelques jours plus tard.
La Russie, un "acteur très agressif" selon Emmanuel Macron
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a plaidé pour une "réponse très forte" de l'Europe face à la "guerre hybride" menée par la Russie, au coup d'envoi du sommet de l'UE à Copenhague.
"Toute personne qui viole l'espace aérien européen est susceptible d'avoir des représailles", a renchéri Emmanuel Macron. Il faut aussi "continuer de nous équiper" militairement au niveau européen, a martelé le président français, pointant "le besoin de systèmes de préalerte très efficaces" contre les drones.
"Nous sommes dans une confrontation avec la Russie qui, depuis plusieurs années, est un acteur très agressif (...) qui multiplie les attaques cyber, qui a lancé une guerre d'agression en Ukraine, qui utilise la menace nucléaire et qui, aujourd'hui, on le voit bien, provoque dans des espaces aériens", a ajouté le chef de l'État.
Parti du port de Primorsk, près de Saint-Pétersbourg (Russie), le 20 septembre, le pétrolier devait rejoindre Vadinar, dans le nord-ouest de l'Inde, un mois plus tard.
Mais il a étrangement fait un détour pour jeter l'ancre depuis plusieurs jours à proximité du parc éolien de Saint-Nazaire, selon le site Marine Traffic.
Construit en 2007, le pétrolier suspect a changé de nom et de pavillon à de nombreuses reprises, étant alternativement immatriculé au Gabon, aux îles Marshall ou en Mongolie, selon le site Opensanctions.org.
Outre l'Union européenne, il est sous sanctions du Canada, de la Suisse, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni, selon la même source.
Le président français a estimé que cette flotte fantôme, entre "600 et 1 000 bateaux" selon lui, représente des "dizaines de milliards d'euros pour le budget de la Russie et finance selon nos évaluations collectives 40 % de l'effort de guerre russe", rapporte l'APA.