La conférence de l’ONU pour le climat a démarré ce lundi 10 novembre à Belém.
Organisations non gouvernementales, représentants de peuples autochtones et petits États insulaires des Caraïbes et du Pacifique ont mis en avant la nécessité vitale d’agir en faveur d’une transition climatique équitablement financée.
Un ouragan d’une puissance maximale et rare qui traverse les Caraïbes, deux typhons qui dévastent coup sur coup les Philippines, une tornade terrifiante qui retourne une ville dans l’extrême sud du Brésil – un phénomène très inhabituel dans cette région... En deux semaines, ces évènements, tous meurtriers, ont dévasté des villes et des îles entières, déplacé un million de personnes dans l’archipel du Pacifique, avec à chaque fois, des morts et des pertes économiques considérables.
« C’est le 21ᵉ typhon de l’année », a compté Ian Rivera, le coordinateur du Mouvement philippin pour la justice climatique. « Et il y en aura d’autres » avant la fin de l'année selon lui. « Les négociations continuent d’échouer sans donner de résultats concrets pour résoudre cette crise », explique, au micro de Jeanne Richard, ce vétéran qui participe à sa quinzième COP. « Dans les COP précédentes, on demandait déjà des actions ambitieuses, parce qu’on voit les impacts tous les jours », dit-il, « je suis là parce que je reste optimiste » sur le « sérieux de nombreux dirigeants à pousser vers plus d’action ambitieuse à Belém ».
« Ces évènements deviennent plus fréquents, plus dévastateurs et frappent le monde entier », a fulminé Tasneem Essop, la directrice du Réseau Action Climat (CAN), lors de la conférence de presse de cette fédération de près de 2000 ONG environnementales. Et pendant ce temps, « le fonds pertes et dommages », destinés à financer la réparation dans les pays les plus durement touchés, « reste pratiquement vide » : « il faut le financer à la hauteur » nécessaire.
Lettre ouverte pour une juste transition
À ses côtés, la docteure Amiera Sawas cite l’avis récent de la Cour de justice internationale qui, en juillet, indiquait que la lutte contre le réchauffement était désormais une obligation légale pour les États : « le temps n’est donc plus celui des mots, c’est celui de l’action », « après une décennie de dérives et de fausses solutions ».
L’action. Invoquée ad nauseam COP après COP, elle devrait à nouveau rester le maître-mot à Belém. Celle-ci tarde à venir, déplore une autre militante, ce qui « conduit à dépasser, jour après jour, les limites planétaires ».
Face à cet « échec de trente ans », ce lundi, plus de 1000 organisations — syndicats, collectifs féministes, de jeunesse, de populations autochtones, de petits agriculteurs, d’avocats de l’environnement, etc. -, issues de 100 pays ont publié une lettre ouverte « à tous les États membres » de la COP : « Le moment est venu de concrétiser la transition juste », rapporte l'APA.
Cette notion, qui sonne comme un slogan militant, est bien reconnue dans différentes organisations internationales. Crises environnementales et sociales sont étroitement liées et la transition juste définit les moyens politiques concrets pour éviter que la première aggrave la deuxième. La course aux minerais critiques de la transition énergétique est l’un de ses principaux défis.
Principale revendication concrète du CAN : que le Programme de travail sur la transition juste, qui figure à l’agenda des négociations, aboutisse au Mécanisme d’action de Belém (BAM).
Le BAM permettrait d’« orienter l'ensemble du système international vers des transitions centrées sur l'humain aux niveaux local et national », « rendre le financement et le soutien technique accessibles » ou encore « s'attaquer aux règles mondiales qui font obstacle à une transition juste ».
La coalition demande également que les pays développés mettent la main à la poche pour financer le volet adaptation « à hauteur de 120 milliards par an » et « 300 milliards à partir de 2035 ». Les NDC [plans climatiques nationaux], principal indicateur de l’ambition des États, doivent être « robustes ». Ce lundi, le groupe des Pays les moins avancés (PMA) a formulé la même requête d’un triplement de l’aide à l’adaptation (elle est théoriquement de 40 milliards par an, mais cette somme n’a jamais été réunie).
De son côté, Greenpeace rappelle la nécessité de protéger les forêts. L’ONG a accueilli favorablement la création du TFFF, jeudi dernier. « Il nous reste moins de cinq ans pour dire comment nous allons procéder », a alerté sur place Carolina Pasquali, responsable de l’ONG au Brésil. Ce pays s’est engagé à stopper toute déforestation dans le plus grand bassin tropical d’ici 2030. L’association internationale met aussi l’accent sur la nécessité de sortir des énergies fossiles et de passer à l’action en mettant en place une taxe sur les principaux pollueurs – les compagnies pétro-gazières. Elle demandait que cette question soit inscrite à l’agenda de la COP30 et des suivantes. Ce qui, sans surprise, n’a pas été fait.
Si la piste de taxes internationales trouve (lentement) son chemin, celle sur les producteurs de fossiles n’est pas nécessairement la mieux placée.
Les petites îles du Pacifique et des Caraïbes sont également entrées dans l’arène. « Les Jamaïcains savent désormais ce que veulent dire les mots "pertes catastrophiques" », a déclaré Una May Gordon, ancienne directrice de la section au gouvernement de l’île. « L'ambition n'est pas là, elle n'est suffisante. Quand on s'est battus pour les 1,5°C [pour qu’il devienne un objectif de réchauffement maximal mentionné dans l’Accord de Paris], on parlait de survie. On ne parle plus de survie, on parle de morts. Il y a plus qu'un mort, regardez les chiffres. Chaque vie perdue est votre responsabilité », a-t-elle poursuivi, en direction des États ou compagnies pétro-gazières. « Les États-Unis ne sont pas là » mais « beaucoup de grands émetteurs sont ici, sur le terrain », « je suis là pour demander qu’ils paient », en référence au principe pollueur-payeur, reconnu internationalement depuis 1992.
Financement direct
Mobilisation également du côté des populations autochtones : 400 représentants, un record, sont accrédités pour accéder à l’enceinte des négociations, et 3000 personnes indigènes du monde participeront au Sommet des peuples à partir du 12.
Interrogée par RFI, Fany Kuiru Castro, à la tête de la principale organisation de représentation de 511 peuples du bassin amazonien (Coica), souhaiterait davantage de « financement direct à tous les travailleurs des peuples indigènes pour l’atténuation, l’adaptation, la préservation de l'environnement... » Et ceci à travers leur propre mécanisme de financement comme le fonds Amazonie pour la vie — auquel la France a contribué. Autre priorité : la reconnaissance des savoirs traditionnels dans la déclaration finale.
Déforestation au Brésil et en Bolivie, crime organisé en Colombie, au Pérou et en Équateur, extractivisme, orpaillage… Les maux des neuf pays amazoniens sont nombreux et le changement climatique aggrave les tensions sociales sur ce continent. « Dans ces pays, les défenseurs de l’environnement sont persécutés et assassinés », explique-t-elle. L’Amérique paye de très loin le plus lourd tribut chaque année. Et pendant ce temps, « les efforts d’atténuation du changement climatique se font dans les territoires indigènes, la conservation de la biodiversité, les forêts en bon état et l’eau claire sont dans ces territoires. Il est temps de reconnaitre le travail des populations et de financer directement ces activités » de préservation.
« Se lamenter n’est pas la stratégie »
De l’action, ou plutôt des mots qui la convoquent, dans les discours d’ouverture officielle de la COP. Plus tôt dans la matinée, le président de la COP30 est apparu tout sourire et sans cravate – le code vestimentaire suggéré par la présidence pour mieux supporter la chaleur humide, très élevée, à Belém – sur l’estrade de la salle plénière. Andre Correa do Lago a abattu le petit maillet sur les coups de 11 heures, pour signifier l’ouverture officielle des négociations.
Le diplomate, reconnu pour ses compétences et son expérience, a rappelé que, quand les États le souhaitent, ils peuvent réussir : « Avec le protocole de Montréal, on a réussi à éliminer 95% des gaz responsables du trou dans la couche d’ozone, qui maintenant se rétablit le problème de la couche d’ozone grâce au protocole de Kyoto ». Il a appelé les États du monde à un nouveau « mutirao ». Cette expression brésilienne désigne le moment où la communauté se rassemble pour accomplir une tâche commune et s’entraider. « La science, l’éducation et la culture nous montrent la voie » à suivre pour parvenir à la stabilité climatique et « le multilatéralisme est cette voie », bien qu’ébranlé dans un contexte mondial conflictuel.
Gardien en chef de la Convention-Cadre de l’ONU sur le climat, qui a créé la COP climat en 1992, Simon Stiell s’est lui aussi montré encourageant : « La courbe des émissions s'est effectivement infléchie vers le bas, grâce aux accords conclus dans des salles comme celle-ci, aux lois adoptées par les gouvernements et aux réactions des marchés. Mais je ne vous cache pas la vérité : il nous reste encore beaucoup à faire. » « Se lamenter n’est pas la stratégie, on a besoin de solutions. » Ce point, au moins, met tout le monde d’accord.