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ONU : L’écart entre promesses et action sur le climat expose la planète à une escalade grave des risques

ONU : L’écart entre promesses et action sur le climat expose la planète à une escalade grave des risques
# 04 novembre 2025 19:05 (UTC +04:00)

Si les feuilles de routes climatiques des pays sont intégralement mises en œuvre, le monde se dirige vers un réchauffement d’environ 2,5°C d’ici la fin du siècle, calcule un rapport des Nations Unies.

À première vue, il n’y a pas que des mauvaises nouvelles dans le rapport annuel du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Selon ses calculs publiés mardi, les plans climat des pays engagés dans l’accord de Paris, s’ils sont pleinement mis en œuvre, nous conduisent vers un réchauffement compris entre 2,3 et 2,5 °C d’ici la fin du siècle. C’est évidemment bien au-dessus des objectifs fixés par l’accord adopté en 2015 (à savoir contenir le réchauffement à +2°C par rapport à la période préindustrielle, voire 1,5°C) mais il y a tout de même un léger mieux par rapport à la fourchette de 2,6 à 2,8 °C annoncée dans le rapport de l’an dernier. Et les politiques réellement mises en place aujourd’hui nous conduisent vers +2,8 °C (contre 3,1 °C estimés l’année dernière), rapporte l'APA.

Un peu mieux, donc, mais pas assez : « L’augmentation prévue de la température mondiale au cours de ce siècle a légèrement diminué, mais pas suffisamment pour éviter une grave escalade des risques et des dommages climatiques », indiquent les dizaines de scientifiques auteurs du rapport. Ils notent toutefois que des mises à jour méthodologiques représentent 0,1 °C de cette amélioration. En clair, le soufflé retombe bien vite : les plans climat actualisés des pays (« NDC » en anglais) n’ont pas fondamentalement changé la donne et n’induisent qu’une réduction de 0,2°C... sans compter que le retrait imminent des États-Unis de l’accord de Paris annulera 0,1°C supplémentaire.

Dans le cadre de cet accord, les pays doivent réactualiser leurs stratégies de baisse des émissions de gaz à effet de serre tous les cinq ans. Ils avaient en théorie jusqu’au 30 septembre pour le faire ; or seules 60 d’entre eux (dont les États-Unis, l’Australie, le Brésil ou le Canada) représentant 63 % des émissions mondiales, ont respecté l’échéance et annoncé des trajectoires à horizon 2035. D’autres NDC devraient tomber au compte-goutte d’ici la COP30 qui démarre officiellement le 10 novembre au Brésil.

Boom des émissions liées à l’utilisation des terres

Pour l’instant, l’écart reste flagrant entre les promesses et l’action, note le rapport, qui fait état d’une nouvelle année record : en 2024, les émissions mondiales ont atteint 57,7 gigatonnes équivalent CO₂ (mesure qui tient compte de tous les gaz à effet de serre en plus du dioxyde de carbone, comme le méthane), soit une hausse de 2,3 % par rapport aux niveaux de 2023, « plus de quatre fois supérieure au taux de croissance annuel moyen des années 2010 ».

Si l’on regarde par secteur, « la déforestation et le changement d’affectation des terres» sont responsables de 53 % de l’augmentation des émissions en 2024 ! «Les émissions de ce secteur sont les plus difficiles à comptabiliser et fluctuent énormément d’une année sur l’autre, a expliqué Anne Olhoff, rédactrice scientifique en chef du rapport, lors d’un point presse. L’an dernier, cette hausse était due aux incendies de forêt de grande ampleur, à des changements dans l’utilisation des terres, et elle a été exacerbée par les conditions climatiques, en particulier El Niño.» Si l’on compare par pays, Chine et Inde arrivent en tête des plus fortes augmentations absolues d’émissions totales (hors usage des terres), tandis que l’Indonésie enregistre la croissance relative la plus rapide.

On est donc très loin du compte : le PNUE note que la mise en œuvre intégrale de tous les plans climats actualisés permettrait de réduire les émissions de 12 à 15 % d’ici 2035 par rapport aux niveaux de 2019 (même si le retrait des États-Unis modifiera ces chiffres), alors que des baisses de 35 % et 55 % sont nécessaires d’ici dix ans pour s’aligner respectivement sur les trajectoires de 2°C et 1,5°C. Sans compter qu’« il reste un énorme écart de mise en œuvre, les pays n’étant toujours pas en voie d’atteindre leurs NDC pour 2030, sans parler de leurs nouveaux objectifs soumis ou annoncés pour 2035 », selon le rapport. Ce dernier signale notamment que ces plans climat ne s’attaquent pas assez franchement aux combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole) très majoritairement responsables du réchauffement : seuls 62% d’entre eux prévoient de réduire leur usage dans le mix électrique des pays.

« Il sera extrêmement difficile de revenir en arrière »

« L’ampleur des réductions requises et le temps disponible pour les mettre en œuvre dans un climat politique difficile signifient qu’un dépassement plus important de ce niveau [+1,5°C] va désormais se produire », sans doute au cours de la prochaine décennie, indique le rapport qui ajoute qu’« il sera extrêmement difficile de revenir en arrière ». «Notre mission est claire mais pas facile: il nous faut faire en sorte que tout dépassement soit aussi faible et aussi bref que possible», a réagi Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU. Car il faudra à la fois réduire drastiquement nos émissions, et retirer le CO₂ présent dans l’atmosphère grâce aux puits naturels aujourd’hui mal en point (comme les forêts) et à des technologies encore très coûteuses.

« Nous avons encore besoin de réductions sans précédent des émissions dans un délai de plus en plus court, dans un contexte géopolitique de plus en plus difficile, résume Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. Mais cela reste possible. Des solutions éprouvées existent déjà. De la croissance rapide des énergies renouvelables bon marché à la lutte contre les émissions de méthane, nous savons ce qu’il faut faire. » Le rapport note enfin que dans le plus optimiste des scénarios, où tous les pays respecteraient leurs promesses à moyen et long terme (dont celle de neutralité carbone d’ici la moitié du siècle), la hausse globale des températures pourrait être limitée +1,9°C.

Avec le Figaro

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